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Full text of "Theophile a Autolycus"

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Saint Theophile d'Antioche 
a Autolyque. 

Traduction de l'abbe M. de Genoude, 

1838 

Numerise par Albocicade 

2010 

LIVRE PREMIER. 

I. Un style brillant, une diction elegante, voila ce qui charme et ce qui transporte les 
hommes frivoles et corrompus. L'ami de la verite laisse la les vaines paroles, il s'attache 
aux faits et les discute. 

Cher Autolyque, vous m'avez assez fatigue de vains discours, d'eloges sans fin en l'honneur 
de vos dieux de bois et de pierre, de metal et d'argile ; de vos dieux peints et sculptes, qui 
ne voient ni n'entendent, car ils ne sont que de stupides idoles, oeuvres de la main des 
hommes : assez longtemps vous m'avez reproche d'etre Chretien et d'en porter le nom. Eh 
bien, oui, je le suis ! je le confesse hardiment, et je me glorifie d'un nom agreable a Dieu, 
dans l'esperance de ne lui etre point inutile ; tout ce qui rappelle ce Dieu n'a rien qui blesse, 
comme vous le pensez ; et si vous jugez si mal de lui, c'est sans doute parce que vous 
n'avez pas encore le bonheur de le connaitre et de le servi . 

II. Vous direz peut-etre : montrez-moi votre Dieu, et moi je vous repondrai : montrez-moi 
que vous etes homme, et je vous montrerai mon Dieu ; montrez-moi que vous voyez des 
yeux de l'esprit et que vous entendez des oreilles du coeur. 

En effet, il en est des oreilles du coeur et des yeux de l'esprit pour voir Dieu, comme des 
yeux du corps pour voir les choses de la terre et distinguer la lumiere des tenebres, le blanc 
du noir, la beaute de la laideur, ce qui est regulier de ce qui ne Test pas, un objet bien 
proportionne d'un objet ridicule, celui qui sort de la mesure de celui qui ne l'a pas ; ou 
comme des oreilles du corps pour discerner entre eux les sons aigus, graves et harmonieux ; 
car Dieu n'est visible que pour ceux qui peuvent le voir, c'est-a-dire qui ont les yeux de 
l'esprit ouverts. Sans doute nous avons tous des yeux ; mais il en est dont la vue est 
obscurcie par un nuage, et qui ne peuvent voir la lumiere du soleil ; les aveugles 
n'apercoivent point cette lumiere : en brille-t-elle moins dans l'univers ? 
C'est ainsi que les peches, les passions, jettent un nuage sur les yeux de l'esprit. L'ame de 
l'homme doit etre pure comme un miroir sans tache ; et comme celui-ci ne reproduit point 
les objets une fois qu'il est terni, ainsi l'ame, souillee par le peche, ne peut plus voir Dieu. 
Montrez-moi done si vous n'etes point adultere, impudique, voleur, spoliateur, corrupteur 
de l'enfance ; si vous n'etes point calomniateur, medisant, colere, envieux, superbe ; si vous 
n'etes point orgueilleux, meurtrier, avare, sans respect pour vos parents et cupide : jusqu'a 
faire trafic de vos enfants ; car Dieu ne se montre point a ceux qui sont infectes de ces 
vices, a moins qu'ils n'aient pris soin de s'en purifier. Toutes ces criminelles actions nous 
plongent dans les tenebres, et nos impietes s'interposent entre notre, arae et la vue de Dieu, 
comme l'humeur arretee sur l'oeil de l'aveugle s'interpose entre lui et la lumiere du soleil. 



III. Vous me direz : vous qui voyez, tracez-moi done une image fidele de Dieu. Ecoutez, 6 
homrae : l'image de Dieu ne peut se tracer, ni se decrire ; la Divinite ne tombe point sous 
les sens, on ne peut se representer sa gloire, ni mesurer son immensite, sonder ses 
profondeurs, comparer a rien sa puissance, se former une idee de sa sagesse ; on ne peut 
imiter sa bonte ni raconter ses bienfaits. En effet, si je l'appelle lumiere, je nomme un de ses 
ouvrages ; Verbe, e'est la parole par laquelle il commande ; Esprit, e'est son souffle createur ; 
sagesse, e'est sa production ; force, e'est sa puissance ; vertu, e'est son action ; Providence 
e'est sa bonte ; roi, Seigneur, e'est sa gloire, sa qualite de maitre supreme ; juge, e'est sa 
justice ; pere, e'est sa tendresse pour tous les etres ; feu, e'est sa colere. 

Mais, direz-vous, votre Dieu se met-il en colere ? Oui, sans doute, contre les mechants ; mais 
il est bon et misericordieux envers ceux qui l'aiment et qui le craignent ; il est le protecteur de 
l'homme pieux, il est le pere du juste, mais il est le juge et le vengeur des impies. 

IV. II n'a pas de commencement, parce qu'il est incree ; il est immuable, parce qu'il est eternel 
; il est appele Dieu, d'un mot grec qui signifie "qui a tout fait et tout arrange", ou d'un autre 
mot grec qui veut dire que "tout se meut, vit et se conserve par lui". II est appele Seigneur, 
parce qu'il domine tout ; Pere, parce qu'il est avant tout ; Auteur et Createur, parce qu'il a fait 
de rien toutes choses ; Tres-Haut, parce qu'il est au-dessus de tout ce qui est ; Tout-Puissant, 
parce qu'il possede et renferme tous les etres. En effet, les hauteurs des cieux, les profondeurs 
des abimes, les extremites de la terre, sont dans sa main ; il n'est arrete, limite par aucun lieu ; 
il remplit tout. Le ciel est son ouvrage, la terre et la mer l'oeuvre de ses mains, et l'homme sa 
creature et son image ; le soleil, la lune et les etoiles sont crees pour le service de l'homme, 
comme des regulateurs qui fixent les jours, les annees et les saisons. Ainsi Dieu a tout fait, 
tout tire du neant, pour se manifester par ses oeuvres et faire eclater sa grandeur. 

V. De merae que l'ame, renfermee dans le corps humain, echappe a nos regards et se 
manifeste par le mouvement du corps, ainsi Dieu, quoique invisible, se montre clairement par 
sa providence et par ses oeuvres. Quand vous voyez sur la mer un vaisseau voguer a pleines 
voiles et se diriger vers le rivage, vous ne doutez pas qu'il n'ait un pilote pour le gouverner, 
pourriez-vous douter qu'il existe un Dieu moteur et maitre de l'univers, sous pretexte que 
les yeux du corps ne le voient pas ? L'homme mortel ne peut regarder fixement le soleil, ce 
faible element, comment pourrait-il soutenir l'eclat inenarrable de la gloire de Dieu ? Voyez 
la grenade entouree d'une ecorce : l'interieur se compose d'un grand nombre de petites 
cellules que separent des membranes legeres, et qui contiennent plusieurs grains. Ainsi, 
l'esprit de Dieu contient toutes creatures, et cet esprit, avec toutes les creatures, est dans la 
main de Dieu. Or, les grains, renfermes dans la grenade, ne peuvent voir ce qui est au dela 
de l'ecorce, puisqu'ils sont dans l'interieur ; ainsi, l'homme renferme dans la main de Dieu, 
avec tous les autres etres, ne peut apercevoir Dieu lui-meme. Personne ne doute de 
l'existence d'un roi de la terre, bien que la plupart de ses sujets ne puissent le voir ; mais il 
se fait assez connaitre par ses lois, ses edits, son pouvoir, ses armees, les images qui 
reproduisent ses traits ; et la toute-puissance de Dieu, la beaute de ses oeuvres, ne le 
feraient pas connaitre ? 

VI. Considerez, 6 homme, quelles sont ses oeuvres : les vicissitudes periodiques des 
saisons, les variations de l'atmosphere, la succession admirable des jours, des nuits, des 
mois et des annees ; la prodigieuse variete des semences, des plantes et des fruits ; les 
diverses especes d'animaux, qui marchent ou qui rampent sur la terre, qui voient dans l'air, 
qui nagent dans les eaux ; l'instinct donne a chacun d'eux pour se multiplier, pour nourrir 
leurs petits, destines non a leur propre usage, mais a celui de l'homme ; la Providence qui 
prepare a tous les etres vivants une nourriture convenable ; l'obeissance qui leur est 



commandee d'avoir pour l'homme ; le cours perpetuel des fontaines et des fleuves, 
l'abondance des pluies et des rosees repandues sur la terre, a differentes epoques ; les divers 
mouvements des corps celestes ; le lever de l'astre du matin, qui nous annonce le lever d'un 
astre plus brillant ; la conjonction de la Pleiade et d'Orion ; la route d'Arcture et des autres 
corps celestes decrite dans les cieux, par cette sagesse infinie qui a donne a tous ces astres 
leur veritable nom. Celui-la seul est Dieu, qui l'a tire la lumiere des tenebres et l'a fait eclore de 
son sein ; qui a fait l'asile ou se refugie l'auster, les limites de la mer, les tresors de la grele et de 
la neige ; qui rassemble les eaux dans les profondeurs de l'abime, et replonge les tenebres dans 
leur noir sejour pour ramener cette lumiere si douce, si ravissante, si desiree des mortels ; qui 
appelle les nuages des extremites de la terre et allume la foudre au sein des nuages ; qui lance le 
tonnerre pour effrayer le monde, et qui nous previent d'abord par l'eclair, de peur qu'une 
secousse soudaine ne nous fasse a l'instant defaillir ; qui tempere encore la violence de la 
foudre precipitee du ciel, afin qu'elle n'embrase point la terre : car, si l'eclair et le tonnerre 
etaient abandonnes a eux-memes, ils reduiraient tout en cendres, et ne laisseraient apres eux 
que des mines. 

VII. Celui-la seul est mon Dieu, le Seigneur de toutes choses, qui a etendu les cieux et donne a 
la terre ses limites ; qui trouble les profondeurs de la mer et excite le bruit de ses vagues ; qui 
domine la puissance de l'ocean et calme l'agitation de ses flots ; qui a etabli la terre sur les eaux 
et lui donne le principe de vie ; en un mot, qui vivifie tout par son esprit, car s'il le rappelait a 
lui, tout rentrerait dans le neant. C'est par cet esprit, 6 homme, que vous parlez ; c'est par lui que 
vous respirez, et vous ne le connaissez pas. Ne cherchez point d'autre cause de cette ignorance 
que l'aveuglement de votre esprit et la durete de votre coeur. 

Mais si vous le voulez, vous pouvez etre gueri : livrez-vous au medecin, et il eclairera les yeux 
de votre esprit et de votre coeur. Quel est done ce medecin ? C'est Dieu lui-meme qui guerit et 
vivifie tout par son Verbe et par sa sagesse ? C'est par son Verbe et par sa sagesse qu'il a fait 
toutes choses : "Les cieux, nous dit l'Ecriture, ont ete crees par sa parole, et l'armee des cieux 
par le souffle de sa bouche." Sa sagesse est au-dessus de tout. C'est sa sagesse qui a affermi la 
terre, eleve les cieux, creuse des abimes, et fait distiller la rosee du sein des nuees. 
Si vous savez comprendre ce langage, 6 homme, si vous menez une vie pure, sainte, 
irreprochable, vous pouvez voir Dieu ; mais avant tout, il faut que la foi et la crainte de Dieu 
regnent dans votre coeur, et alors vous comprendrez ces verites. Apres que vous aurez aban- 
donne votre condition mortelle, vous revetirez l'immortalite, vous verrez Dieu en recompense 
de vos merites. Dieu ressuscitera votre chair, il la rendra immortelle comme votre ame : alors 
devenu immortel, vous verrez l'eternel, si maintenant vous croyez en lui ; et vous comprenez 
alors combien vos discours etaient insenses. 

VIII. Vous ne croyez point, dites-vous, a la resurrection des morts. Quand elle arrivera, vous 
y croirez malgre vous ; mais alors votre foi n'excusera point votre incredulite, si vous ne 
croyez aujourd'hui. Pourquoi done ne croyez-vous pas ? 

Ignorez-vous que la foi dirige et precede toutes nos actions ? Quel est, en effet, le laboureur 
qui pourrait moissonner, s'il ne confiait d'abord la semence a la terre ? qui passerait la mer, 
s'il ne se fiait au vaisseau et au pilote ? quel malade pourrait recouvrer la sante, s'il n'avait foi 
en son medecin ? et quel art, quelle science apprendrez-vous, si vous ne commencez par 
croire le maitre qui doit vous l'enseigner ? Eh quoi ! le laboureur se confie a la terre, le 
navigateur au vaisseau, le malade au medecin, et vous ne voulez point vous confier a Dieu, 
qui vous a donne tant de preuves de sa fidelite ? D'abord, il vous a cree lorsque vous 
n'existiez pas encore ; car s'il fut un temps ou votre pere et votre mere n'etaient point, a plus 
forte raison n'avez-vous pas toujours ete vous-meme ; il vous a forme d'une matiere humide, 
d'une goutte de sang, qui elle-meme n'a pas toujours ete, et il vous a mis en ce monde. Vous 



pouvez croire en de vains simulacres, ouvrages des hommes, vous croyez les prodiges qu'on 
leur attribue, et vous ne croyez point que votre createur puisse vous rappeler a la vie ? 

IX. Les noms de ces dieux dont vous vous glorifiez ne sont que des noms d'hommes deja 
morts. Et quels hommes encore ! Saturne devore ses propres enfants. Vous ne pouvez parler 
de Jupiter, son fils, sans penser aussi a sa conduite et a ses actions. D'abord, il fut nourri par 
une chevre, sur le mont Ida ; puis il la tua, comme le rapporte la fable, et lui ayant arrache la 
peau, il s'en fit un vetement. Parlerai-je de ses incestes, de ses adulteres, de ses infamies 
avec des enfants ? Homere et les autres poetes les ont mieux decrits que je ne pourrais le 
faire. Que dire des exploits des dieux qui sont nes de lui ? Pourquoi parler d'Hercule, qui 
s'est briile ; de Bacchus, ivre et furieux ; d'Apollon, que la crainte fait fuir devant Achille, 
qui aime Daphne et qui ignore la mort d'Hyacinthe ; de Venus, blessee ; de Mars, fleau des 
hommes ; et en un mot, du sang qui a coule des veines de ces pretendus dieux ? Ce n'est pas 
tout encore, un de vos dieux nomme Osiris est dechire, mis en lambeaux, et Ton celebre 
tous les ans ses mysteres, comme s'il venait d'etre dechire et qu'on fut a la recherche de-ses 
membres ; car on ne sait ni s'il est mort, ni s'il a ete decouvert. Que dirai-je de l'a mutilation 
d'Atis ; d'Adonis, errant dans les forets et blesse a la chasse par un sanglier ; d'Esculape, 
frappe de la foudre ; de Serapis, exile de Sinope a Alexandrie ; d'Artemise de Scythie, aussi 
exilee, homicide chasseresse, eprise d'amour pour Endymion ? Nous n'inventons pas ces 
faits, ce sont vos poetes et vos historiens qui les publient. 

X. A quoi bon faire ici l'enumeration de cette multitude d'animaux adores par les Egyptiens, 
de ces boeufs, de ces reptiles, de ces betes feroces, de ces oiseaux et de ces monstres 
marins, objets de leur culte ? Si vous me parlez des Grecs et des autres peuples, ils adorent 
la pierre, le bois, la matiere et les statues d'hommes morts, comme nous l'avons deja dit. 
Car Phidias a fait, pour les habitants d'Elis, le fameux Jupiter Olympien, et pour les 
Atheniens cette Minerve qu'on voit dans la citadelle. Mais dites-moi, je vous le demande, 
combien compte-t-on de Jupiter ? II y a d'abord Jupiter Olympien, puis Jupiter Latial, 
Jupiter Cassien, Jupiter Ceraunien, Jupiter Propator, Jupiter Pannychius, Jupiter Polyuchus, 
Jupiter Capitolinus. L'un d'eux, fils de Saturne et roi de Crete, a son tombeau dans cette 
contree ; quant aux autres, ils n'ont pas meme ete honores de la sepulture, Si vous 
m'opposez la mere de ces pretendus dieux, je me garderai bien de rappeler les turpitudes de 
cette deesse et celles de ses pretres ; nous ne pourrions, sans crime, en souiller notre bouche ; 
je ne parlerai pas non plus des tributs et des impots qu'elle et ses enfants payaient au roi de la 
contree. Certes, ce ne sont point des dieux, mais des simulacres, ouvrages des hommes, 
comme nous l'avons dit ; ce sont des demons impurs. Qu'ils deviennent semblables a leurs 
idoles, ceux qui les fabriquent et qui mettent en elles leurs esperances. 

XL Pour moi, je n'adore point l'empereur, je me contente de l'honorer et de prier pour lui ; 
mais j'adore le Dieu veritable, l'etre par excellence, parce que je sais que c'est lui qui fait les 
rois. Pourquoi done, allez-vous me dire, n'adorez-vous pas l'empereur ? Parce qu'il n'a pas ete 
fait pour etre adore, mais seulement honore comme il convient. Ce n'est point un Dieu, c'est 
un homme etabli de Dieu pour juger avec equite et non pour recevoir des adorations. II est en 
quelque sorte le delegue de Dieu : Lui-meme ne souffre pas que ses ministres prennent le 
nom d'empereur, car c'est son nom, et il n'est permis a personne de le prendre : ainsi Dieu 
veut etre seul adore. Voila, 6 homme ! comme vous etes dans l'erreur sur toutes choses. 
Honorez done l'empereur, mais honorez-le en l'aimant, en lui obeissant et en priant pour lui ; 
si vous le faites, vous accomplirez la volonte de Dieu, manifested dans ces paroles : "Mon 
fils, honore Dieu et le roi, et ne leur desobeis jamais ; car ils se vengeront aussitot de leurs 
ennemis." 



XII. Vous vous permettez des railleries sur le nom de Chretien : vous blasphemez ce que 
vous ignorez ; tout ce qui a recu onction est doux, utile, et ne doit pas. etre raille. Un vaisseau 
pourrait-il voguer en surete et servir, s'il n'etait frotte d'huile ; une tour, une maison serait-elle 
elegante et commode, sans le brillant de l'enduit qu'on applique sur ses murs ? L'huile ne 
coule-t-elle pas sur celui qui vient au monde ou qui entre dans la lice ? Quel ouvrage est beau 
et plait a la vue, si l'huile ne lui donne de l'eclat, s'il n'a ete bien poli ? L'air et toute la terre 
qui se trouve au-dessous du ciel ont recu une sorte d'onction de lumiere et d'esprit ; et vous 
ne voulez point etre oint de l'huile du Seigneur ? Car nous ne sommes appeles Chretiens que 
parce que cette huile sainte a coule sur nous. 

XIII. Vous pretendez que les morts ne ressuscitent pas, et vous dites : montrez-moi un seul 
mort ressuscite, et je croirai quand j'aurai vu de mes yeux. Mais quel est done votre merite, si 
vous ne croyez que lorsque vous voyez ? Vous ne doutez point de la resurrection d'Hercule 
qui se brula ; de celle d'Esculape qui fut frappe de la foudre, et vous ne voulez pas croire a ce 
que Dieu lui-meme vous assure : peut-etre ne me croiriez-vous pas encore quand je vous 
ferais voir un mort ressuscite ? Combien Dieu vous offre de motifs et de raisons de croire a ce 
mystere ? 

Remarquez comme les saisons, les jours, les nuits finissent, se renouvellent et pour ainsi dire 
ressuscitent. Eh quoi ! ne se fait-il pas une certaine resurrection des semences et des fruits 
pour l'usage des hommes ? Car le grain de froment, par exemple, ou toute autre semence, 
apres avoir ete confie a la terre, commence par mourir, et se decompose pour renaitre ensuite 
et s'elever en epi. Les arbres ne produisent-ils pas, d'apres l'ordre de Dieu, a certaines epoques 
; des fruits auparavant invisibles et caches ? Souvent meme on voit le passereau, ou tout autre 
oiseau, apres avoir digere la semence d'un prunier ou d'un figuier, s'elever sur une colline 
pierreuse et deposer cette semence comme dans un tombeau. Bientot elle y pousse de 
nouvelles racines et donne naissance a un arbuste, grace a la chaleur qu'elle a recue et qui l'a 
fecondee. Tout est ici l'effet de la sagesse divine, qui veut nous montrer combien il est facile 
a Dieu de ressusciter tous les hommes. 

Si vous desirez voir encore un spectacle plus etonnant et plus capable de vous demontrer la 
possibilite de la resurrection, levez les yeux au ciel : la lune ne semble-t-elle pas mourir et 
renaitre pour nous tous les mois ? Sachez meme que la resurrection s'est deja effectuee en 
vous, a votre insu. Si quelquefois vous avez ete malade, vous avez alors perdu une grande 
partie de vos forces, de votre substance, de votre embonpoint ; mais bientot la bonte divine, 
venant a votre secours, vous a rendu tout ce que vous aviez perdu ; et de meme que vous 
ignorez ou est alle cet embonpoint que vous n'avez plus, de meme vous ne pouvez savoir d'ou 
vous arrive celui qui vous revient. C'est, direz-vous, des aliments et des sues convertis en 
sang. Tres-bien ; mais cette conversion elle-meme est l'ouvrage de Dieu, et ne peut venir d'un 
autre. 

XIV. Ne soyez done point incredule, mais plutot ayez la foi. Moi-meme, autrefois, je niais la 
resurrection future ; mais apres avoir reflechi serieusement, je n'hesite plus a croire, depuis 
que j'ai eu le bonheur de lire les livres sacres, ecrits par les prophetes qui ont predit, par 
l'inspiration de l'Esprit saint, les evenements passes tels qu'ils se sont accomplis, les 
evenements presents comme ils se passent sous nos yeux, et les evenements futurs dans le 
meme ordre qu'ils doivent se realiser un jour. Puisque j'ai pour garantie cet ensemble de faits 
annonces et en partie accomplis, je ne suis plus incredule, je crois, j'obeis a Dieu ; faites de 
meme, de peur que si vous vous obstiniez aujourd'hui a ne pas croire, vous croyiez forcement 
un jour, quand vous serez livre a la rigueur d'eternels supplices. Ces supplices ont ete 
annonces par les prophetes ; vos poetes et vos philosophes sont venus apres, et ont fait 



beaucoup d'emprunter a nos livres saints pour donner du poids a leurs opinions. Mais toujours 
est-il que ces poetes, que ces philosophes eux-memes ont annonce des supplices futurs pour 
les incredules et les impies, afin que tout le monde fut instruit de cette verite et que personne 
ne put dire : nous ne le savions pas ; on ne nous l'avait pas dit. 

Vous aussi, lisez avec soin nos Ecritures, et guide par leur lumiere, vous eviterez des maux 
sans fin et vous meriterez les biens eternels. Car celui qui nous a donne une bouche pour 
parler, des oreilles pour entendre et des yeux pour voir, pesera toutes nos oeuvres, les jugera 
avec equite, et recompensera chacun selon ses merites. Aux hommes patients qui fuient la 
corruption et pratiquent la vertu, il donnera la vie eternelle, la joie, la paix, le repos et une 
multitude de biens que l'oeil de l'homme n'a jamais vus, que son oreille n'a point entendus, et 
que son coeur n'a jamais goutes ; mais pour les incredules, les superbes qui refusent de croire a 
la verite et qui croient au mensonge, qui se seront souilles par la debauche et par l'impurete, par 
l'avarice et l'idolatrie, ils verront s'appesantir sur eux sa colere et son indignation ; la tribulation, 
les angoisses, un feu eternel, seront leur partage. Vous m'avez dit, mon cher ami, montrez-moi 
votre Dieu : le voila, mon Dieu ; je vous exhorte a le craindre et a croire en lui 



LIVRE SECOND. 

I. Dans la conference que nous avons eue ensemble il y a quelques jours, mon cher 
Autolyque, je vous ai fait l'expose de ma religion, vous vouliez savoir quel est le Dieu que 
je sers, j'ai du vous repondre, et vous avez prete a mes paroles une oreille attentive. Nous 
nous sommes retires plus amis que jamais, quoique vous m'eussiez d'abord traite un peu 
durement ; car vous devez vous rappeler que vous accusiez notre doctrine de folie. Puisque 
vous m'en avez vous-meme prie, je veux aujourd'hui, malgre mon peu d'habilete, vous 
demontrer dans ce petit livre, l'inutilite de vos efforts contre la verite et la folie de vos 
superstitions. J'exposerai meme sous vos regards, pour mieux vous convaincre, les 
temoignages tires de vos propres historiens, que vous lisez sans doute, mais que peut-etre 
vous ne comprenez pas encore. 

II. N'est-il pas ridicule de voir des statuaires, des potiers, des peintres et des fondeurs, 
faconner, peindre, sculpter, fondre, en un mot, fabriquer des dieux dont se jouent les 
ouvriers eux-memes, tandis qu'ils les fabriquent ; de voir ceux-ci leur offrir leur encens, 
lorsqu'ils les ont vendus pour servir a l'usage d'un temple ou de quelque autre lieu ? Non- 
seulement les acheteurs, mais encore les vendeurs et les ouvriers accourent a ces pretendus 
'dieux, leur font des libations, leur offrent des victimes et les adorent, comme sils etaient 
des dieux, sans s'apercevoir qu'ils ne sont rien autre chose que ce qu'ils etaient sous leur 
main ; c'est-a-dire de la pierre, de l'airain, du bois, des couleurs ou toute autre matiere 
semblable. Et n'est-ce pas ce que vous voyez vous-meme, lorsque vous lisez les histoires et 
les genealogies de ces ridicules divinites ? Vous les regardez comme des hommes, pendant 
que vous avez sous les yeux le recit de leur naissance ; puis vous les honorez comme des 
dieux, sans considerer qu'ils sont reellement engendres, ainsi que vous l'apprenez des 
histoires que vous lisez. 

III. Puisqu'ils ont ete engendres, sans doute qu'ils engendraient aussi. Mais quels sont ceux 
que nous voyons naitre aujourd'hui ? Car, si alors ils engendraient et ils etaient engendres, 
il est clair que leur generation devrait se perpetuer encore ; autrement, il faudrait dire qu'ils 
sont degeneres. Ou bien, en effet, ils ont vieilli et ne peuvent plus engendrer, ou ils sont 
morts, et n'existent plus. 

Car, s'ils naissaient autrefois, ils devraient naitre encore aujourd'hui, comme nous naissons 
nous-memes ; bien plus, leur nombre devrait surpasser de beaucoup celui des hommes, 
selon ces paroles de la Sybille : "Si les dieux engendrent et s'ils sont immortels, ils doivent 
etre beaucoup plus nombreux que les hommes, et ne laisser a ces derniers aucun endroit 
qu'ils puissent habiter." En effet, si les hommes, qui sont mortels, et dont la vie est si 
courte, n'ont cesse jusqu'a ce jour de naitre et de se reproduire, en sorte qu'ils remplissent 
les villes, les bourgades et les champs, a combien plus forte raison les dieux, qui ne 
meurent point, selon le langage des poetes, devraient-ils continuer d'engendrer et d'etre 
engendres, comme vous dites qu'ils l'ont fait autrefois ? 

Pourquoi le mont Olympe, jadis habite par les dieux, est-il aujourd'hui desert ? Pourquoi 
Jupiter, qui, au dire d'Homere et des autres poetes, demeurait sur le mont Ida, l'a-t-il aban- 
donne sans qu'on sache maintenant ou il s'est retire ? Pourquoi n'etait-il point partout, mais 
seulement dans une partie de la terre ? C'est sans doute parce qu'il negligeait les autres 
contrees, ou qu'il ne pouvait etre en tous lieux, ni etendre partout sa providence. Car s'il 
etait, par exemple, en Orient, il n'etait point en Occident ; et s'il etait en Occident, il ne 
pouvait se trouver en Orient. 

Or, il appartient au Dieu veritable, au Dieu tres-haut et tout-puissant, non-seulement d'etre 
partout, mais encore de tout voir, de tout entendre et de n'etre circonscrit par aucun lieu ; car 



autrement il serait inferieur au lieu qui le contient, puisque le contenant est toujours plus 
grand que le contenu ; et, par consequent, Dieu ne peut etre renferme dans aucun lieu 
particulier, puisqu'il est lui-meme le centre de toutes choses. 

Mais pourquoi Jupiter a-t-il abandonne le mont Ida ? Serait-ce parce qu'il est mort ou parce 
que ce sejour a cesse de lui plaire ? Ou est-il done alle ? Est-ce dans le ciel ? Point du tout. 
Est-ce dans la Crete ? Oui, sans doute, puisqu'on y voit encore son tombeau. Peut-etre, est-ce 
a Pise, ou jusqu'alors le genie de Phidias a fait vivre son nom et lui concilie des hommages. 
Arrivons maintenant aux ecrits des philosophies et des poetes. 

IV. Quelques philosophes du portique ne reconnaissent aucun Dieu, ou s'ils en reconnaissent 
un, e'est un etre qui ne s'occupe d'autre chose que de lui-meme. Tel est le sentiment absurde 
d'Epicure et de Chrysippe. 

D'autres rapportent tout au hasard, pretendant que le monde est incree et la nature eternelle ; 
ils ont ose dire qu'il n'y avait aucune Providence, et pas d'autre Dieu que la conscience de 
chaque homme. 

D'autres encore ont regarde comme Dieu cet esprit qui penetre la matiere. 
Quant a Platon et a ses sectateurs, ils reconnaissent, il est vrai, un Dieu incree, pere et 
createur de toutes choses ; mais ils etablissent en meme temps deux principes increes, Dieu et 
la matiere qu'ils disent coeternels. Si ces deux principes sont egalement increes, il s'en suit 
que Dieu n'a pas fait toutes choses et que sa domination n'est point absolue, comme le 
pretendent les platoniciens. D'ailleurs, si la matiere etait increee comme Dieu, elle serait 
egale a lui et comme lui immuable, puisqu'il n'est lui-meme immuable que parce qu'il est 
incree ; car ce qui est cree est sujet au changement et aux vicissitudes, l'etre incree est le seul 
qui ne change pas. Ou serait done la puissance de Dieu, s'il eut cree le monde d'une matiere 
deja existante ? Donnez, en effet, a un de nos ouvriers la matiere qui lui est necessaire, et il 
fera tout ce que vous voudrez. La puissance de Dieu consiste a tirer du neant tout ce qu'il 
veut, et nul autre que lui ne peut donner le mouvement et l'etre. L'homme, il est vrai, peut 
bien faire une statue, mais il ne peut donner a son ouvrage la raison, la respiration et le 
sentiment ; Dieu seul a cette puissance : et deja, de ce cote, la puissance de Dieu surpasse 
celle de l'homme. Elle lui est encore bien superieure sous un autre rapport, e'est qu'il tire et 
qu'il a tire du neant tout ce qu'il a voulu et de la maniere qu'il l'a voulu. 

V. Les philosophes et les poetes ne s'accordent point entre eux : vous venez de voir ce que 
disent les philosophes, et voici qu'Homere s'efforce de vous expliquer, d'une autre maniere, 
l'origine du monde et celle des dieux : "L'ocean, dit-il, d'ou sortent les mers et les fleuves, est 
le pere des dieux, et Thetys est leur mere." Ainsi parle Homere ; mais ces paroles ne peuvent 
designer un Dieu. Qui ne sait pas que l'ocean n'est qu'une etendue d'eau ? Et s'il n'est que de 
l'eau, il ne peut etre Dieu. Car Dieu est le createur de toutes choses, et par consequent, il a 
aussi cree l'eau et les mers. Hesiode explique aussi non-seulement l'origine des dieux, mais 
encore celle du monde. II dit bien que le monde a ete cree, mais il ne peut dire quel est son 
auteur. En outre, il a considere comme dieux Saturne et ses enfants Jupiter, Neptune et 
Pluton, que nous savons etre posterieurs au monde. II raconte que Saturne fut vaincu par 
Jupiter, son propre fils ; e'est ainsi qu'il s'exprime : "Apres avoir triomphe, par son courage, 
de Saturne son pere ; il regla chaque, chose selon les lois eternelles, et distribua les 
honneurs." II parle encore des filles de Jupiter, appelees Muses, et il les supplie de vouloir 
bien lui apprendre comment toutes choses ont ete faites. Voici ses paroles : "Salut, filles de 
Jupiter, inspirez-moi des chants agreables ! Celebrez la race sacree des immortels qui sont 
issus de la terre, du ciel etoile, de la nuit tenebreuse, et que la mer a nourris. Apprenez-moi 
comment sont nes les dieux et la terre, les fleuves et l'immense ocean ; comment sont nes les 
astres brillants et le ciel qui s'etend au-dessus de nos tetes ; comment, de ceux-ci, sont sortis 



les dieux qui repandent sur nous leurs bienfaits ; comment ils ont divise et partage les 
honneurs et les richesses ; comment ils ont pu occuper le ciel ; embarrasse au commencement 
de tant de spheres. Apprenez-moi tout cela, 6 Muses, vous qui habitez le sejour celeste depuis 
le commencement, et dites-moi quelle est la premiere origine de tous ces etres." Mais 
comment les Muses auraient-elle pu le lui apprendre, puisqu'elles sont posterieures au monde 
? Et comment auraient-elles pu raconter a Hesiode des choses qui s'etaient passees avant la 
naissance de leur pere ? 

VI. Le merae poete, parlant de la matiere et de la creation du monde, s'exprime en ces termes 
: "Au commencement exista le chaos, puis la terre, dont le large sein est l'asile le plus sur des 
immortels qui occupent les sommets de l'Olympe, ou le tenebreux Tartare dans les entrailles 
de la terre. L'amour existait aussi, lui qui est le plus beau d'entre les immortels, qui charme 
les soucis et qui triomphe de la sagesse des hommes et des dieux. Du chaos naquirent l'Erebe 
et la nuit obscure ; puis de la nuit sortirent l'air et le jour, qu'elle enfanta de son union avec 
Erebe. La terre, de son cote ; produisit d'abord la voute des cieux, parsemee d'etoiles, de 
maniere a en etre enveloppee tout entiere et a devenir le sejour fortune des dieux. Elle 
engendra ensuite les hautes montagnes et les grottes si agreables aux nymphes qui habitent 
les rochers. Enfin l'eau sterile enfanta, non dans son amour, mais dans sa fureur, le Pont- 
Euxin ; et puis ensuite s'etant unie avec le ciel, elle engendra l'ocean." Ce poete, en nous 
faisant remuneration de tous ces etres crees est encore a nous dire quel etait leur auteur. 

Car, si le chaos etait au commencement, il y avait done une matiere increee et preexistante. 
Mais qui l'a disposee, qui lui a donne sa forme et ses proportions ? Est-ce la matiere qui s'est 
donne a elle-meme sa forme et sa beaute ? Car Jupiter est bien posterieur, non-seulement a la 
matiere, mais encore au monde et a une foule d'hommes ; et il en est de meme de Saturne, son 
pere. 

Ou bien a-t-il existe une cause premiere, je veux dire un Dieu qui l'a creee et qui l'a 
embellie ? Que dirai-je, il semble se jouer de toute raison et se combattre lui-meme ; car 
apres avoir parle de la terre, du ciel et de la mer, il pretend que les dieux sont issus de ces 
elements, et que des dieux eux-memes sont sortis ces hommes affreux qui font partie de 
leur famille ; je veux dire les titans, les cyclopes, les geants, les dieux des Egyptiens ou 
plutot des hommes insenses ; e'est de ces monstres que parle Apollonide, surnomme 
Horapius, dans son livre intitule Semenouthi et dans les autres histoires qu'il a ecrites sur la 
religion et les rois de l'Egypte. 

VII. A quoi bon rappeler ici les diverses fables des Grecs et leurs vains efforts pour les 
inventer ? Pourquoi parler de Pluton, roi des tenebres, de Neptune, commandant a la mer, 
epris d'amour pour Melanippe et pere d'un fils anthropophage ? Pourquoi raconter toutes 
ces histoires tragiques qu'on a composees sur les enfants de Jupiter ? Si Ton a rappele leur 
genealogie, e'est qu'ils sont des hommes et non des dieux. Le poete comique, Aristophane, 
parlant de la creation du monde, dans une de ses pieces intitulee l'Oiseau, pretend qu'il est 
issu d'un oeuf : "La nuit aux ailes noires, dit-il, enfanta un oeuf sans germe." Satyre, parlant 
des diverses families d'Alexandrie, cite d'abord Philopator, appele aussi Ptolemee, et 
declare que Bacchus est l'auteur de sa famille, et que par consequent Ptolemee fut le 
premier fondateur de cette tribu. 

Voici done ce qu'il dit : "De Bacchus et d'Althee, fille de Thestius, naquit Dejanire ; de 
celle-ci et d'Hercule, fils de Jupiter, naquit Hyllus ; de ce dernier, naquit Cleodeme, qui 
donna le jour a Aristomaque ; de celui-ci naquit Emenus ; de celui-ci, Ceisus, qui donna le 
jour a Maron ; de celui-ci, Thestius ; de celui-ci, Achus ; de celui-ci, Aristomide ; de celui- 
ci, Caranus ; de celui-ci, Coenus ; de celui-ci, Tyrimmas ; de celui-ci, Perdiccas ; de celui- 
ci, Philippe ; de celui-ci, AEropus ; de celui-ci, Alcete ; de celui-ci, Amyntas ; de celui-ci, 



Bocrus ; de celui-ci, Meleagre ; de celui-ci, Arcinoe ; de celle-ci et de Lagus, Ptolemee, 
appele aussi Soter ; de celui-ci et de Berenice, Ptolemee Evergete ; de celui-ci et de 
Berenice, qui fut fille de Magis, roi des Cyreniens, naquit enfin Ptolemee Philadelphe." 
Telle est la genealogie des rois qui ont regne a Alexandrie, et qui sont issus de Bacchus. 
C'est pourquoi il y a, dans la tribu de Bacchus, plusieurs families distinctes : celle d'Althes, 
qui tire son nom dAlthee, femme de Bacchus et fille de Thestius ; celle de Dejanire, qui 
vient de la fille de Bacchus et dAlthee, laquelle fut l'epouse d'Hercule ; celle dAriane, qui 
vient de la fille de Minos, epouse de Baechus, amoureuse de son pere, et qui s'unit a 
Bacchus, sous une forme etrangere ; celle de Thestis, qui tire son nom de Thestius, pere 
dAlthee ; celle de Thoas, qui vient de Thoas, fils de Bacchus ; celle de Staphilis, qui vient 
de Staphilus, fils de Bacchus ; celle d'Eunee qui vient d'Eunous, fils de Bacchus ; celle de 
Maron, qui vient de Maron, fils dAriadne et de Bacchus. En effet, ils sont tous fils de 
Bacchus ; mais il y a eu autrefois, et il y a encore aujourd'hui beaucoup d'autres 
denominations : d'Hercule sont sortis les Heraclides ; dApollon, les Appolloniens et les 
Appollonides ; de Possidon ou Neptune, les Possidoniens ; de Jupiter, les dieux et les 
Diogenes. 

VIII. A quoi bon continuer l'enumeration sans fin de ces noms et de ces genealogies ? C'est 

avec cela que vos historiens, vos poetes, vos philosophes et tous ceux qui se sont occupes 

de cette vaine nomenclature, se moquent de nous. Ce sont des fables, des contes absurdes, 

qu'ils ont composes sur les dieux. Tout ce que nous y voyons de plus clair, c'est qu'ils ne 

sont pas des dieux, mais des hommes ; les uns adonnes au vin, les autres debauches, ceux-ci 

sanguinaires. Bien plus, ces auteurs ne s'accordent point entre eux sur l'origine du monde ; 

tout ce qu'ils disent sur ce point est absurde. Les uns, en effet, pretendent que le monde est 

eternel, comme nous l'avons deja dit, et les autres, au contraire, veulent qu'il ait ete cree. 

Les uns ont admis une Providence, les autres l'ont niee. 

Voici comment parle Aratus : "Commencons par Jupiter, dit-il, et ne cessons jamais de 

l'invoquer. Toutes les rues et toutes les places sont remplies de Jupiter ; la mer et le port en 

sont pleins. Nous avons tous besoin de Jupiter et nous sommes tous ses enfants ; il nous tend 

la main ; il veut que tous les hommes travaillent, afin de pourvoir aux besoins de la vie. II 

indique quand la terre feconde doit etre labouree par les boeufs et la charrue, quand il faut la 

defricher et repandre la sentence. " 

A qui done devons-nous ajouter foi ; d'Aratus ou de Sophocle, qui dit : "II n'est point "de 

Providence. Personne ne veille sur nous, vivez au hasard comme vous le pouvez." 

Homere ne s'accorde point non plus avec Sophocle : "Jupiter, dit-il, donne aux hommes et 

leur ote la vertu. 

II en est de meme de Simonide : "Aucun homme, aucune ville, personne, dit ce poete, ne peut 

avoir la vertu sans les dieux. Dieu est l'auteur de la sagesse, et l'homme n'a que la folie en 

partage." 

Ainsi parle encore Euripide : "II n'arrive rien aux hommes sans la permission de Dieu." 

"Dieu seul, dit Menandre, fournit a nos besoins." 

Euripide dit encore : "Si Dieu veut un jour vous sauver, il vous en donnera les moyens 

necessaires." 

Thestius a dit pareillement : "C'est Dieu qui conduit le navigateur et qui protege son frele 

esquif." 

Non-seulement ils se contredisent les uns les autres, mais encore ils sont en contradiction 

avec eux memes. Sophocle, qui detruit ailleurs la Providence, l'etablit ici en ces termes : "Le 

mortel ne peut echapper a la main de Dieu." 

Ajoutons qu'ils ont introduit une multitude de dieux contre ceux qui n'en reconnaissaient 

qu'un seul, et qu'ils ont nie la Providence, uniquement pour faire de l'opposition, quand 



d'autres la soutenaient. Aussi, ecoutez l'aveu que fait Euripide lui-meme : "Nous etudions 
beaucoup de choses, nous ne cessons de travailler dans un vain espoir, et nous ne connaissons 
absolument rien." lis sont done forces malgre eux d'avouer qu'ils ignorent la verite, ou bien 
que tout ce qu'ils ont dit leur vient des demons. En effet, Homere et Hesiode, inspires, comme 
ils le disent, par des Muses, ont ecrit les reves de leur imagination, n'ecoutant ici que l'esprit 
de mensonge et non point l'esprit de verite. On le voit clairement, quand une personne est 
possedee des demons ; ces esprits d'erreur, adjures de sortir au nom du vrai Dieu ont confesse 
qu'ils etaient les memes demons qui inspiraient autrefois ces ecrivains profanes. Cependant 
quelques-uns de ces esprits, s'oubliant en quelque sorte. eux-memes, ont parle plus d'une 
fois comme les prophetes, afin qu'on put leur opposer leur propre temoignage, et le faire 
servir contre les hommes, pour appuyer l'unite de Dieu, la verite d'un jugement, et les autres 
dogmes que ces esprits de tenebres ont eux-memes reconnus. 

IX. Mais les hommes de Dieu, inspires par l'Esprit saint, et veritablement prophetes, 
recurent d'en haut la science, la sagesse et la justice : e'est Dieu lui-meme qui les instruisait 
; il leur a fait l'honneur de les choisir pour etre ses instruments et les depositaires de sa 
sagesse ; e'est a la faveur de cette sagesse divine qu'ils nous ont fait connaitre la creation du 
monde et tant d'autres verites. Ils ont predit les famines, les guerres, tous les fleaux qui 
devaient arriver. Ce n'est pas un ou deux, mais plusieurs, qui parurent a diverses epoques 
chez les Hebreux (comme aussi la Sybille, chez les Grecs), et le plus parfait accord a 
toujours regne entre ces prophetes, soit qu'ils aient raconte les faits qui les avaient precedes, 
soit qu'ils aient parle des evenements contemporains, soit enfin qu'ils aient annonce ceux 
qui se realisent aujourd'hui sous nos yeux. De la nous apprenons a ne pas douter de 
l'accomplissement des predictions qui regardent l'avenir, puisque nous avons sous les yeux 
celui des premieres. 

X. Ils ont tous enseigne, d'un commun accord, que Dieu avait tire toutes choses du neant. 
Car aucun etre n'existait de toute eternite avec Dieu ; mais comme il est a lui-meme le lieu 
qu'il habite, qu'il n'a besoin de rien, qu'il est plus ancien que les siecles, il fit l'homme pour 
que l'homme le connut ; il lui a prepare le monde pour etre son sejour, parce que celui qui 
est cree a besoin de tout, tandis que l'etre incree n'a besoin de rien. Dieu, qui de toute 
eternite portait son Verbe dans son sein, l'a engendre avec sa sagesse avant la creation. II 
s'est servi de ce Verbe comme d'un ministre, pour l'accomplissement de ses oeuvres, et e'est 
par lui qu'il a cree toutes choses. On l'appelle principe, parce qu'il a l'empire et la 
souverainete sur les etres qu'il a lui-meme crees. L'Esprit saint, le principe, la sagesse et la 
vertu du Tres-Haut, descendit dans les prophetes et nous apprit, par leur bouche, la creation 
du monde et les choses passees, qui n'etaient connues que de lui. Quand Dieu crea le monde, 
les prophetes n'etaient point. Dieu seul etait avec sa sagesse qui est en lui et avec son Verbe 
qui ne le quitte pas. C'est cette sagesse qui s'exprime en ces termes, par le prophete Salomon : 
"Lorsqu'il etendait les cieux, j'etais la ; et lorsqu'il posait les fondements de la terre, j'etais 
aupres de lui." Moise, qui vecut longtemps avant Salomon, ou plutot le Verbe de Dieu lui- 
meme, parle ainsi par sa bouche : "Au commencement, Dieu crea le ciel et la terre." II a 
nomme d'abord le principe et la creation, puis ensuite Dieu lui-meme ; car il n'est pas permis 
de nommer Dieu legerement et sans une grave raison. La sagesse divine prevoyait que bien 
des hommes seraient le jouet de l'erreur, et reconnaitraient une multitude de dieux qui ne sont 
pas. 

Afin de nous montrer le vrai Dieu dans ses oeuvres, et de nous convaincre que c'est lui qui a 
cree, par son Verbe, le ciel, la terre, et tout ce qu'ils renferment, les livres saints nous disent : 
"Au commencement, Dieu crea le ciel et la terre." Puis apres avoir raconte cette creation, 
l'Ecriture poursuit en ces termes : "La terre etait informe et nue, et les tenebres couvraient la 



face de l'abime, et l'esprit de Dieu reposait sur les eaux." Voila ce que nous apprennent 
d'abord les livres sacres, afin qu'il soit bien reconnu que Dieu lui-meme avait fait cette 
matiere, dont il a cree le monde. 

XL D'abord il fit la lumiere parce que c'est par elle que nous voyons les choses creees et 
l'ordre qui regne en elles. Voici les paroles de l'Ecriture : "Dieu dit, que la lumiere soit, et la 
lumiere fut. Dieu vit que la lumiere etait bonne, et il separa la lumiere des tenebres. Et il 
appela la lumiere jour, et les tenebres nuit ; et le soir et le matin formerent un jour. Et Dieu a 
dit : Qu'un firmament soit entre les eaux, et qu'il separe les eaux d'avec les eaux. Et Dieu 
etendit le firmament, et divisa les eaux superieures des eaux inferieures. Et il fut ainsi. Et 
Dieu appela le firmament, ciel ; et le soir et le matin furent le second jour. Et Dieu dit : Que 
les eaux qui sont sous le ciel se rassemblent en un seul lieu, et que l'aride paraisse. Et il fut 
ainsi. Et Dieu appela l'aride, terre ; et les eaux rassemblees, mer. Et Dieu vit que cela etait 
bon. Et il dit : Que la terre produise les plantes verdoyantes avec leur semence, les arbres 
avec des fruits, chacun selon son espece, renfermant en eux-memes leurs semences, pour se 
reproduire sur la terre. Et il fut ainsi. La terre produisit done des plantes qui portaient leur 
graine suivant leur espece, et des arbres fruitiers qui renfermaient leur semence en eux- 
memes, suivant leur espece. Et Dieu vit que cela etait bon. II y eut un soir et un matin ; ce 
fut le troisieme jour. Dieu dit aussi : Qu'il y ait dans le ciel des corps lumineux, qui divisent 
le jour d'avec la nuit, et qu'ils servent de signes pour marquer les temps, les jours et les 
annees ; qu'ils luisent dans le ciel et qu'ils eclairent la terre. Et il fut ainsi. Et Dieu fit deux 
grands corps lumineux ; l'un plus grand, pour presider au jour ; l'autre moins grand, pour 
presider a la nuit. II fit aussi les etoiles ; et il les placa dans le ciel, pour luire sur la terre, 
pour presider au jour et a la nuit, et pour separer la lumiere d'avec les tenebres. Et Dieu vit 
que cela etait bon. II y eut un soir et un matin ; ce fut le quatrieme jour. Dieu dit encore : 
Que les eaux produisent les animaux qui nagent, et que les oiseaux volent sur la terre et 
sous le ciel. Et Dieu crea les grands poissons, et tous les animaux qui ont la vie et le 
mouvement, que les eaux produisirent chacun selon leur espece ; et il crea aussi des oiseaux 
chacun selon son espece. II vit que cela etait bon. Et il les benit, en disant : Croissez et 
multipliez-vous ; remplissez la mer, et que les oiseaux se multiplient sur la terre. II y eut 
encore un soir et un matin ; ce fut le cinquieme jour. Dieu dit aussi : Que la terre produise 
les animaux vivants, chacun selon son espece ; les animaux domestiques, les reptiles et les 
betes sauvages, selon leurs differentes especes. Et il fut ainsi. Dieu fit done les betes 
sauvages de la terre, selon leurs especes ; les animaux domestiques et tous ceux qui 
rampent sur la terre, chacun selon son espece. Et il vit que cela etait bon. Dieu dit ensuite : 
Faisons l'homme a notre image et a notre ressemblance ; et qu'il domine sur les poissons de 
la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les animaux qui demeurent sous le ciel, et sur tous les 
reptiles. Et Dieu crea l'homme a son image ; et il le crea a l'image de Dieu : il les crea male 
et femelle. Dieu les benit et leur dit : Croissez et multipliez-vous ; remplissez la terre et 
vous l'assujettissez ; dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout 
animal qui se meut sur la terre. Dieu dit encore : Voila que je vous ai donne toutes les 
plantes repandues sur la surface de a la terre et qui portent leur semence, et tous les arbres 
fruitiers qui ont leur germe en eux-memes, pour servir a votre nourriture ; et j'ai donne leur 
pature a tous les animaux de la terre, a tous les oiseaux du ciel, a tout ce qui vit et se se 
meut sur la terre. Et il fut ainsi. Dieu vit toutes ses ceuvres, et elles etaient parfaites. II y eut 
un soir et un matin ; ce fut le sixieme jour. Ainsi furent acheves les cieux ; la terre et tout ce 
qu'ils renferment. Dieu accomplit son oeuvre le septieme jour ; et il se reposa ce jour-la, 
apres avoir forme tous ses ouvrages. Dieu benit le septieme jour et le sanctifia, parce qu'il 
s'etait repose en ce jour, apres avoir termine ses ceuvres." 



XII. Aucun homme ne pourrait developper, comme elle le merite, cette description 
magnifique de l'oeuvre des six jours, quand meme il aurait dix mille bouches et dix mille 
langues. En supposant meme qu'il vecut dix mille ans, il lui serait impossible de parler 
dignement de cette oeuvre, tant est grande, tant est riche et magnifique la sagesse que Dieu 
y fait eclater. Plusieurs ecrivains, apres Moise, se sont efforces de raconter la creation ; 
mais bien qu'ils aient puise, dans ses ecrits, les secours dont ils avaient besoin pour 
l'expliquer et faire connaitre la nature humaine, ils n'ont pu cependant saisir qu'une legere 
etincelle de verite. Les ouvrages de ces ecrivains, poetes ou philosophes, n'ont d'autre 
merite que celui du style ; mais ce qui en montre la vanite et le ridicule, c'est la multitude 
de puerilites et d'erreurs et le peu de verite qui s'y trouve. Tout ce qu'ils ont dit de vrai est 
mele de mensonge. Or, de meme que le vin et le miel deviennent plus qu'inutiles, si Ton y 
verse du poison, ainsi en est-il des plus beaux discours ; ce sont de laborieuses frivolites, elles 
peuvent donner la mort a ceux qui y ajoutent foi. Ces ecrivains ont aussi parle du septieme 
jour, jour celebre chez tous les peuples ; mais la plupart ignorent ce que signifie ce septieme 
jour, appele sabbat, chez les Hebreux, et hebdomas, chez les Grecs ; cette derniere 
denomination s'est conservee chez tous les peuples sans qu'ils en sachent la cause. Ce que dit 
Hesiode, quand il raconte que du chaos sont nes l'Erebe, la Terre et l'Amour, qui commande 
aux dieux et aux hommes, n'est qu'un vain langage denue de fondement. Car on ne peut 
supposer qu'un dieu soit esclave de la volupte, lorsqu'on voit des hommes qui s'abstiennent de 
tout plaisir deshonnete, et qui s'interdisent jusqu'au desir, des lors qu'il est coupable. 

XIII. Ce meme poete a montre qu'il avait de Dieu une idee toute humaine, basse et miserable, 
lorsqu'il part des choses terrestres pour commencer son recit de la creation. L'homme, en 
effet, qui est si petit, est oblige de commencer par en bas l'edifice qu'il veut batir ; il ne peut 
elever le faite ou le toit sans avoir pose d'abord le fondement. Mais la puissance de Dieu 
consiste a creer de rien ce qu'il veut, et a le creer selon son bon plaisir. "Car ce qui est 
impossible aux hommes est possible a Dieu." C'est pourquoi le prophete nous apprend qu'il 
crea d'abord le ciel en forme de voute, comme le couronnement et le faite de l'edifice : "Au 
commencement, dit-il, Dieu crea le ciel." II cree done le ciel ainsi que nous l'avons dit ; il 
donne ensuite le nom de terre a la partie solide qui est comme le fondement, et celui d'abime 
a la reunion des eaux. H parle encore des tenebres, parce que le ciel etait comme un voile qui 
couvrait les eaux et la terre. Par cet esprit qui reposait sur les eaux, il entend le principe de vie 
que Dieu a donne aux creatures, pour la regeneration des etres, comme l'ame dans l'homme 
est unie au corps ; il rapprochait ainsi deux substances legeres comme l'eau et l'esprit, afin 
que l'esprit penetrat l'eau, et que l'eau avec l'esprit penetrant partout, fecondat la creature. II 
n'y avait done entre le ciel et l'eau que ce seul esprit qui occupait la place de la lumiere, afin 
d'empecher en quelque sorte que les tenebres ne s'etendissent jusqu'au ciel voisin de Dieu, 
avant que Dieu eut dit : "Que la lumiere soit." Ainsi le ciel embrassait comme une voute la 
matiere qui etait comme le sol. Voici en effet comment le prophete Isaie parle du ciel : "C'est 
Dieu qui a fait le ciel comme une voute, et qui l'a etendu comme une tente que nous devions 
habiter." Voila pourquoi la parole de Dieu, e'est-a-dire son Verbe, qui brillait comme dans 
une prison etroite, a eclaire tout a coup l'espace lorsque la lumiere fut creee, independamment 
du monde. Dieu appela la lumiere jour, et les tenebres nuit ; car l'homme n'aurait jamais pu 
donner un nom a la lumiere, aux tenebres, ni aux autres objets, s'il ne l'avait recu du createur. 
Au commencement du recit, l'Ecriture ne parle point de ce firmament que nous voyons, mais 
bien d'un autre ciel invisible a nos yeux, d'apres lequel celui qui frappe notre vue a ete appele 
firmament. C'est dans ce lieu qu'est renfermee une partie des eaux pour se repandre en pluie 
et en rosee, selon les besoins de l'homme ; tandis que le reste est reste sur la terre dans les 
fleuves, dans les fontaines et dans les mers. Les eaux couvraient encore la terre, et 
principalement les lieux profonds, lorsque Dieu, par son Verbe, les reunit en un seul endroit, 



et il decouvrit ainsi la terre, qui n'avait pas encore apparu ; ainsi degagee, elle etait toujours 
informe ; Dieu lui donna sa forme et lui fit trouver sa parure dans cette multitude de plantes, 
de semences et de fruits qu'elle produit. 

XIV. Voyez dans toutes ces productions quelle variete, quelle richesse, quelle beaute 
ravissante ; remarquez qu'elles sont soumises a une espece de resurrection qui peut nous 
donner une idee de celle qui doit un jour avoir lieu pour tous les hommes. Qui ne serait ravi 
d'admiration, en voyant naitre un figuier d'une petite graine, et s'elever d'enormes troncs des 
plus petites semences ? Quant a la mer, elle est en quelque sorte pour nous une image du 
monde. Comme la mer, que Taction du soleil et le sel qu'elle contient aurait dessechee depuis 
longtemps, si elle n'etait continuellement entretenue par l'eau des fleuves et des fontaines, le 
monde eut peri il y a deja des siecles, par la malice et les crimes sans nombre du genre 
humain, s'il n'avait eu pour le sauver la loi de Dieu et les prophetes, d'ou jaillissent et 
decoulent la mansuetude, la misericorde, la justice et les divins preceptes de la parole de 
verite. De meme qu'au milieu des mers on rencontre des lies habitables ou le matelot, battu 
par la tempete, trouve de l'eau, des fruits et un port assure, ainsi Dieu a donne au monde, ou 
l'iniquite souleve tant de flots et de tempetes, des assemblies, c'est-a-dire de saintes Eglises, 
qui sont autant d'iles fortunees, munies d'heureux ports, ou se conserve la saine doctrine, et 
ou viennent se refugier les amis de la verite, les hommes qui desirent faire leur salut et eviter 
la colere et le jugement de Dieu. De meme encore qu'il est d'autres lies couvertes de rochers 
et de betes feroces, ou Ton ne trouve ni eau, ni fruits, ni habitants, contre lesquelles viennent 
se briser les navires des malheureux navigateurs, et ou perissent tous ceux qui veulent y 
aborder, ainsi en est-il des doctrines de l'erreur ; je veux parler des heresies qui donnent la 
mort a tous ceux qui viennent s'y refugier, car ils n'ont plus la verite pour guide comme les 
pirates qui poussent contre les ecueils pour faire couler a fond les vaisseaux qu'ils ont 
depouilles, l'erreur perd entierement ceux qui se sont eloignes de la verite. 

XV. Le quatrieme jour, Dieu crea les corps lumineux ; sa prescience lui faisait voir d'avance 
les puerilites des philosophes, qui, pour effacer son souvenir de tous les esprits, devaient dire 
un jour que la terre tirait des astres sa fecondite. Aussi a-t-il cree les plantes et les semences 
avant les corps lumineux, afin que rien ne put obscurcir pour nous la verite. Car un etre 
posterieur a un autre ne peut produire celui qui le precede. Toutefois ces corps celestes sont le 
symbole d'un grand mystere : le soleil est l'image de Dieu, et la lune l'image de l'homme. De 
meme, en effet, que le soleil l'emporte de beaucoup sur la lune en force, en magnificence, en 
beaute, ainsi Dieu est infiniment superieur a l'homme. De meme encore que le soleil reste 
toujours dans sa plenitude, sans diminuer jamais, ainsi Dieu reste toujours parfait, tout- 
puissant, plein d'intelligence, de sagesse et d'immortalite. La lune, au contraire, decroit et 
perit en quelque sorte tous les mois, a l'exemple de l'homme dont elle est l'image ; puis elle 
croit de nouveau et renait comme l'homme qui doit ressusciter un jour. Les trois jours qui 
precederent les corps lumineux sont l'image de la Trinite, c'est-a-dire de Dieu, de son Verbe 
et de son Esprit, et le quatrieme est l'image de l'homme, qui a besoin de la lumiere, pour que 
Dieu, le Verbe, l'Esprit, l'homme lui-meme lui soient manifestos ; c'est pour cela que les 
corps lumineux furent crees le quatrieme jour. Quant a la disposition des astres, elle nous 
montre l'ordre et le rang des justes, de ceux qui pratiquent la piete et qui observent les 
commandements de Dieu. Les plus brillants representent les prophetes ; aussi sont-ils 
immobiles et ne passent-ils jamais d'un lieu a un autre. Ceux qui jettent apres eux un moindre 
eclat representent les justes. Enfin les astres errants, communement appeles planetes, sont 
l'image de ceux qui s'eloignent de Dieu, et qui abandonnent sa loi et ses preceptes. 



XVI. Le cinquieme jour parurent les animaux nes des eaux, parmi lesquels se manifeste en 
mille manieres la providence et la sagesse de Dieu. Qui pourrait dire leur nombre et la variete 
de leurs especes ? Dieu benit ces animaux pour nous apprendre que tous ceux qui arrivent a la 
verite, et qui sont regeneres et benis de Dieu, obtiennent la grace de la penitence et la 
remission de leurs peches, par l'eau et le bapteme de la regeneration. Les poissons voraces et 
les oiseaux de proie expriment les hommes rapaces et mediants. En effet, parmi les oiseaux 
et les poissons, bien qu'ils soient tous d'une merae nature, vous en trouvez qui vivent d'une 
maniere conforme a l'instinct de cette nature, sans nuire aux faibles, et qui observent la loi de 
Dieu qui leur a assigne les fruits de la terre pour nourriture, tandis que d'autres, au contraire, 
transgresseurs de cette loi, se nourrissent de chair et font violence aux faibles ; ainsi voit-on 
les justes soumis a la loi divine n'offenser et ne blesser personne, pratiquer la justice et la 
vertu, tandis que, semblables aux poissons, aux betes feroces et aux oiseaux voraces, les 
hommes spoliateurs, impies et homicides, devorent en quelque sorte les plus faibles de 
leurs semblables. Toutefois, en recevant la benediction de Dieu, les animaux aquatiques et 
les volatiles n'ont recu aucun avantage particulier. 

XVII. Le sixieme jour, Dieu crea les quadrupedes, les betes sauvages et les reptiles ; mais il 
ne leur donna pas sa benediction, parce qu'il la reservait a l'homme, qu'il devait creer le 
meme jour. Ces animaux sont l'image de certains hommes qui ne connaissent point Dieu, 
qui vivent dans l'impiete, qui n'ont du gout que pour les choses terrestres, et qui ne font 
point penitence. Mais ceux qui s'eloignent des voies de l'iniquite, et qui vivent dans la 
justice, prennent leur vol vers le ciel comme les oiseaux ; ils ont a coeur les choses d'en 
haut, et restent constamment attaches a la volonte de Dieu. Les impies, les hommes prives 
de la connaissance de Dieu, sont semblables aux oiseaux qui ont des plumes et ne peuvent 
voler ; car, tout en portant le nom d'hommes, ils n'ont que des inclinations basses, 
rampantes, ils sont charges de peches. Les betes sauvages tirent leur nom d'un mot grec qui 
veut dire naturel feroce. Ce n'est pas qu'elles fussent ainsi des le commencement ; car Dieu 
n'a rien cree qui ne fut bon ; mais le peche de l'homme les a fait devier de leur nature 
premiere, et elles l'ont imite lui-meme dans ses exces. De meme, en effet, que la bonne 
conduite d'un maitre force ses serviteurs a se bien conduire, tandis que ses dereglements les 
entrainent dans le desordre, ainsi en est-il arrive par rapport a l'homme ; il etait le maitre, il 
a fait le mal, et tout ce qui lui etait soumis a degenere avec lui. Mais lorsque les hommes 
auront recouvre leur premier etat, et qu'ils auront mis fin au peche, alors ces betes sauvages 
reprendront aussi leur naturel paisible. 

XVIII. Que dirons-nous de la creation de l'homme ? Elle est trop sublime pour qu'une 
bouche humaine puisse en parler dignement, et expliquer ces courtes paroles de l'Ecriture : 
"Faisons l'homme a notre image et ressemblance" ; Dieu, en les prononcant, fait voir quelle 
est la dignite de l'homme. Jusqu'alors il avait tout fait par sa parole ; l'homme est le seul 
ouvrage qu'il juge digne d'etre fait de ses mains ; comme s'il eut compte pour rien les autres 
ouvrages en comparaison de ce dernier. H semble meme qu'il a besoin de secours, lorsqu'il dit 
: "Faisons l'homme a notre image et ressemblance." Toutefois, cette parole, faisons, ne 
s'adressait qu'a son Verbe et a son Esprit. Lors done qu'il eut cree l'homme et qu'il lui eut 
donne sa benediction pour qu'il se multipliat et qu'il remplit la terre, il mit tous les etres sous 
son pouvoir et sa domination, et lui ordonna de vivre des fruits de la terre, des herbes et des . 
plantes, prescrivant en meme temps aux animaux de vivre avec lui et de se nourrir aussi de 
tous les fruits que la terre produisait. 

XFX. Apres avoir ainsi termine en six jours le ciel, la terre, la mer et tout ce qu'ils renferment, 
Dieu se reposa le septieme jour de tous ses travaux. Puis la sainte Ecriture resume en ces 



termes ce qu'elle avait dit jusqu'alors : "Telle fut l'origine "des cieux et de la terre, lorsqu'ils 
furent crees ; au jour que le Seigneur Dieu fit la terre et les cieux, avant toutes les plantes des 
champs et toutes les herbes de la campagne, quand la terre n'en produisait point ; car le 
Seigneur Dieu n'avait point encore repandu la pluie sur la terre, et il n'y avait point d'homme 
pour la cultiver." Ces paroles nous apprennent que la terre entiere fut alors arrosee par une 
source toute divine, et que l'homme n'eut pas besoin de la cultiver ; elle produisit tout d'elle- 
meme, selon le commandement de Dieu, de peur que l'homme ne fut charge d'un travail trop 
penible. Cependant, pour bien mettre dans tout son jour la creation de l'homme, et prevenir 
les difficultes que pourraient elever certains esprits qui embrouillent tout et qui ne 
manqueraient pas de dire : ces paroles, "faisons l'homme", ont bien ete prononcees, mais la 
creation de l'homme n'est pas clairement exprimee, l'Ecriture ajoute : "Or, il s'elevait de la 
terre des vapeurs qui en arrosaient la surface. Le Seigneur Dieu forma l'homme du limon de 
la terre ; il repandit sur son visage un souffle de vie, et l'homme eut une ame vivante." C'est 
de la que plusieurs tirent une preuve de l'immortalite de l'ame. Apres que Dieu eut ainsi 
forme l'homme, il lui choisit dans les contrees orientales un jardin magnifique, ou brillait la 
lumiere la plus vive, ou s'exhalait l'air le plus pur, et ou croissaient des arbres de toute espece. 
C'est la qu'il le plaga. 

XX. Voici les paroles memes de l'Ecriture : "Le Seigneur Dieu avait plante des le 
commencement un jardin de delices ; il y avait place l'homme qu'il avait forme. Et le 
Seigneur fit sortir de la terre une multitude d'arbres beaux a voir et dont les fruits etaient doux 
a manger ; au milieu du jardin etait l'arbre de vie et l'arbre de la science du bien et du mal. 
Dans ce lieu de delices coulait un fleuve qui arrosait le jardin et se divisait en quatre canaux. 
Le premier s'appelle Phison ; c'est celui qui coule autour du pays de Hevilath, ou Ton trouve 
de l'or, et l'or le plus pur ; c'est la aussi que se trouvent le bdellium et la pierre d'onyx. Le 
nom du second fleuve est Gehon ; c'est celui qui coule autour du pays de Chus. Le nom du 
troisieme fleuve est le Tigre, il se repand du cote de l'Assyrie. Le quatrieme fleuve est 
l'Euphrate. Le Seigneur Dieu prit l'homme et le placa dans le jardin d'Eden pour le cultiver et 
le garder ; et le Seigneur fit a l'homme un commandement, et lui dit : Tu peux manger de tous 
les fruits du jardin ; mais ne mange pas du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, car 
au jour, que tu en mangeras tu mourras de mort. Et le Seigneur Dieu dit : II n'est pas bon que 
l'homme soit seul ; faisons-lui une aide semblable a lui. Le Seigneur Dieu, apres avoir forme 
de la terre tous les animaux de la terre et tous les oiseaux du ciel, les fit venir devant Adam, 
afin qu'il vit, comme il les nommerait, et que chacun d'eux portat le nom qu'Adam lui avait 
donne. Et Adam donna leurs noms aux animaux domestiques, aux oiseaux du ciel, et aux 
betes sauvages ; mais il n'avait point trouve d'aide qui fut semblable a lui. Le Seigneur Dieu 
envoya done a Adam un profond sommeil, et pendant qu'il dormait, Dieu prit de la chair 
d'un de ses cotes, et ferma ensuite la plaie. Le Seigneur Dieu forma ainsi une femme d'une 
cote d'Adam, et l'amena devant Adam ; et Adam dit : voila maintenant l'os de mes os, et la 
chair de ma chair : celle-ci s'appellera d'un nom pris du nom de l'homme, parce qu'elle a ete 
tiree de l'homme. C'est pourquoi l'homme quittera son pere et sa mere, et s'attachera a sa 
femme ; et ils seront deux dans une meme chair. Adam et sa femme etaient tous deux nus et 
n'en rougissaient point. 

XXI. "Or, le serpent etait le plus ruse de tous les animaux que le Seigneur Dieu avait places 
sur la terre, et il dit a la femme : Pourquoi Dieu vous a-t-il defendu de manger du fruit de 
tous les arbres de ce jardin ? La femme lui repondit : Nous mangeons du fruit des arbres de 
ce jardin ; mais pour le fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu nous a commande 
de n'en point manger, et de n'y point toucher, de peur que nous mourrions. Le serpent 
repondit a la femme : Assurement vous ne mourrez point de mort ; car Dieu sait que, le jour 



ou vous aurez mange de ce fruit, vos yeux s'ouvriront, et que vous serez comme des dieux, 
connaissant le bien et le mal. La femme s'apercut done que ce fruit etait bon a manger et 
beau a voir, et d'un aspect desirable ; et elle en prit et en mangea, et elle en donna a son 
mari, qui en mangea comme elle. Et les yeux de l'un et de l'autre furent ouverts ; et ils 
connurent qu'ils etaient nus, et ayant entrelace ensemble des feuilles de figuier, ils s'en 
firent des ceintures. Et ils entendirent la voix du Seigneur Dieu, qui s'avancait dans le 
jardin, a l'heure du jour ou il s'eleve un vent doux, et ils se cacherent parmi les arbres, pour 
eviter la presence de Dieu. Mais le Seigneur Dieu appela Adam, et lui dit : Ou es-tu ? Adam 
repondit : J'ai entendu votre voix dans le jardin ; et comme j'etais nu, j'ai ete saisi de crainte 
et je me suis cache. Alors Dieu lui dit : Qui t'a appris que tu etais nu, a moins que tu n'aies 
mange du fruit de l'arbre dont je t'avais defendu de manger ? Adam repondit : La femme que 
vous m'avez donnee pour compagne m'a presente du fruit de cet arbre, et j'en ai mange. Et le 
Seigneur Dieu dit a la femme : Pourquoi as-tu fait cela ? Elle repondit : Le serpent m'a 
trompee, et j'ai mange de ce fruit. Le Seigneur Dieu dit alors au serpent : Parce que tu as fait 
cela, tu es maudit entre tous les animaux et toutes les betes de la terre ; tu ramperas sur le 
ventre, et tu mangeras la poussiere durant tous les jours de ta vie. Je mettrai inimitie entre toi 
et la femme, entre ta posterite et la sienne : elle te brisera la tete, et tu la blesseras au talon. II 
dit a la femme : Je multiplierai tes calamites et tes enfantements ; tu enfanteras dans la 
douleur, tu seras sous ta puissance de ton mari, et il te dominera. II dit aussi a Adam : Parce 
que tu as ecoute la voix de ta femme, et que tu as mange du fruit dont je t'avais ordonne de ne 
pas manger, la terre est maudite, et a cause de toi tu n'en tireras chaque jour ta nourriture 
qu'avec un grand labeur. Elle ne produira pour toi que des epines et des chardons, et tu te 
nourriras de l'herbe de la terre. Tu mangeras ton pain a la sueur de ton front, jusqu'a ce que tu 
retournes dans la terre d'ou tu as ete tire ; car tu es poussiere, et tu retourneras en poussiere." 

XXII. Vous me direz peut-etre : comment pouvez-vous maintenant nous presenter Dieu se 
promenant dans le paradis, vous qui disiez tout a l'heure qu'il ne pouvait etre renferme dans 
aucun lieu ? Ecoutez ma reponse : sans doute, le Dieu supreme, le Pere de toutes choses, n'est 
et ne peut etre renferme dans aucun lieu ; car il n'en est aucun qui le circonscrive. Mais son 
Verbe, par lequel il a tout fait, et qui est a la fois sa vertu et sa sagesse ; son Verbe, dis-je, 
representant le Pere et maitre de toutes choses, venait dans le paradis, comme personne 
divine, et conversait avec Adam. L'Ecriture elle-meme nous apprend, en effet, qu'Adam 
entendit une voix. Or, que pouvait etre cette voix, si ce n'est le Verbe de Dieu, qui est aussi 
son Fils ; non point qu'il ait ete engendre d'une maniere charnelle, ainsi que les poetes nous 
representent les enfants de leurs dieux, mais il a to uj ours ete dans le sein de son Pere, ainsi 
que la verite nous le raconte ; il est de toute eternite son conseil, bien avant toutes choses, 
puisqu'il est sa pensee et sa sagesse. Lorsqu'ensuite Dieu voulut creer, ainsi qu'il l'avait 
resolu, il engendra son Verbe, emane de lui et anterieur a toute creature. Cependant il ne se 
priva point lui-meme de son Verbe, mais il l'engendra de telle sorte qu'il fut toujours avec 
lui. Voila ce que nous enseignent les saintes Ecritures, et tous ceux qui ont ete inspires du 
Saint-Esprit, parmi lesquels saint Jean s'exprime ainsi : "Au commencement etait le Verbe, 
et le Verbe etait avec Dieu." II nous montre, par ces paroles, que Dieu existait seul au 
commencement, et que son Verbe etait avec lui. Puis il ajoute : "Et le Verbe etait Dieu ; 
toutes choses ont ete faites par lui, et rien n'a ete fait sans lui." Ainsi done le Verbe etant 
Dieu et engendre de Dieu, peut etre envoye par le Pere de toutes choses dans un lieu 
quelconque, selon son bon plaisir ; et lorsqu'il y est, on le voit, on l'entend, et il est 
veritablement present dans ce lieu. 

XXIII. Dieu crea l'homme le sixieme jour, mais il ne manifesta sa creation qu'apres le 
septieme, lorsqu'il eut prepare le paradis, afin de lui donner le meilleur et le plus beau des 



sejours. La verite de tout ce recit se manifeste clairement d'elle-meme. Ne voyons-nous pas, 
en effet, que si la femme eprouve de si grandes douleurs au moment de l'enfantement, et si 
elle les oublie aussitot apres, c'est tout a la fois pour accomplir la parole de Dieu et 
contribuer a l'accroissement du genre humain ? Ne voyons-nous pas encore que si le serpent 
est ainsi en horreur, s'il rampe sur sa poitrine et s'il se nourrit de terre, c'est afin de 
confirmer la verite de tout ce que nous avons dit ! 

XXIV. Dieu fit done sortir de la terre toute sorte d'arbres beaux a la vue et dont le fruit etait 
doux a manger ; car il n'y avait d'abord que les plantes, les semences et les herbes qui 
avaient ete produites le troisieme jour. Sans doute, les plantes qui se trouvaient dans le 
paradis etaient bien superieures aux autres en beaute et en saveur, puisque Dieu dit que c'est 
un jardin plante par lui-meme ; cependant le reste du monde possedait aussi les memes 
plantes, si Ton en excepte les deux arbres de la vie et de la science, qui ne se trouvaient 
nulle autre part ailleurs. Ce paradis etait un jardin, une terre, Dieu lui-meme l'avait plante, 
comme nous l'apprend l'Ecriture, lorsqu'elle dit : "Le Seigneur avait plante, vers l'Orient, un 
paradis de delices ; il y avait place l'homme. Et Dieu fit sortir encore de la terre une 
multitude d'arbres beaux a voir et dont les fruits etaient doux a manger." Ces mots : de terre 
et d'Orient, nous montrent clairement que le paradis etait sous ce meme ciel ou se trouvent 
la terre et l'Orient. Le mot Eden est hebreu et signifie delices. Les saints livres nous appren- 
nent aussi que de l'Eden sortait un fleuve, qui arrosait le paradis, et qui se divisait ensuite 
en quatre canaux ; les deux premiers, appeles Phison et Gehon, baignent les contrees 
orientales, le Gehon surtout enveloppe de ses eaux toute l'Ethiopie ; c'est encore lui, dit-on, 
qui coule en Egypte, sous le nom de Nil. Les deux autres, je veux dire le Tigre et 
l'Euphrate, nous sont bien connus ; car ils ne sont pas eloignes de nos contrees. Lors done 
que Dieu eut place l'homme dans le paradis, comme nous l'avons dit plus haut, afin de le 
cultiver et de le garder, il lui ordonna de manger de tous les fruits qui s'y trouvaient ; il lui 
defendit seulement de toucher a l'arbre de la science. Forme de terre, le voila transporte 
dans un paradis ; Dieu voulait, par la, l'exciter a se rendre de plus en plus parfait, a se 
montrer Dieu en quelque sorte, et a s'elever, par degres, jusqu'au ciel, pour s'assurer 
l'immortalite. L'homme avait ete cree dans un etat intermediaire, n'etant ni tout a fait 
mortel, ni entierement exempt de la mort, mais il pouvait etre l'un ou l'autre. II en etait de 
meme du paradis qu'il habitait ; il tenait, par sa beaute, le milieu entre le ciel et la terre. Ces 
mots, pour travailler, veulent dire pour garder les commandements de Dieu, afin qu'il ne se 
perdit point par la desobeissance, ainsi que le malheur arriva. 

XXV. L'arbre de la science etait, sans doute, bon en lui-meme aussi bien que son fruit ; et ce 
n'etait point l'arbre, comme le pensent quelques-uns, qui etait mortel, mais bien la 
transgression du precepte. Car cet arbre ne renfermait autre chose que la science ; et la 
science est toujours bonne, lorsqu'on en fait un bon usage. Or, Adam nouvellement ne etait en 
quelque sorte un enfant, et ne pouvait encore recueillir le fruit de la science. En effet, les 
enfants ne peuvent manger du pain aussitot apres leur naissance ; mais on leur donne d'abord 
du lait, puis ils recoivent une nourriture plus solide, a mesure qu'ils avancent en age. Et voila 
ce qui serait arrive a Adam : Dieu lui defendit done de toucher a l'arbre de la science, non 
point par jalousie, comme le pensent quelques uns, mais parce qu'il voulait mettre son 
obeissance a l'epreuve. H voulait encore que l'homme perseverat longtemps dans cette 
candeur, cette simplicite de l'enfance. Et n'est-ce pas un devoir sacre aux yeux de Dieu et des 
hommes, qu'on se soumette a ses parents avec candeur et simplicite ? et si les enfants doivent 
etre soumis a leurs parents, a plus forte raison doivent-ils l'etre a Dieu, qui est le pere de tous. 
D'ailleurs, il ne convient pas aux enfants d'etre plus sages que leur age ne le comporte ; car la 
sagesse a ses degres, aussi bien que le developpement des forces corporelles. Que dirai-je 



encore ? lorsque nous desobeissons a une loi qui nous fait une defense, il est bien clair que ce 
n'est point la loi qui est cause du chatiment, mais la desobeissance elle-meme, et la 
transgression de la loi. Blamerez-vous un pere de faire des defenses a son fils, et de le punir 
s'il les meprise ; toutefois la punition ne vient point de la chose elle-meme, mais de la 
desobeissance. Ce qui fit sortir Adam du paradis, c'est done la transgression du precepte divin 
: encore une fois, l'arbre de la science ne renfermait rien de mauvais ; c'est du peche, comme 
d'une source funeste, que sont sorties les souffrances, les douleurs, les peines et la mort 
meme. 

XXVI. Mais Dieu, dans sa misericorde, ne voulut pas laisser a jamais l'homme esclave du 
peche ; il le condamna a l'exil, il le chasse hors du paradis, pour le chatier, lui faire expier 
sa faute pendant un temps determine et le retablir ensuite dans l'etat d'ou il etait dechu. 
Aussi ce n'est pas sans mystere qu'apres avoir raconte la creation de l'homme, la Genese fait 
entendre qu'il serait deux fois etabli dans le paradis : la premiere, immediatement apres 
avoir ete cree ; la seconde, apres la resurrection et le jugement. De meme que le potier brise 
le vase qu'il vient de faire, s'il y remarque quelque defaut, pour le refondre ensuite et le 
refaire tout entier, ainsi l'homme est brise en quelque sorte par la mort, pour ressusciter 
ensuite plein de vigueur et de sante ; e'est-a-dire revetu de purete, de justice et 
d'immortalite. Si Dieu appelle Adam, et lui demande : "Adam, ou es-tu ?" ce n'est pas qu'il 
l'ignore ; mais comme il est tres-patient, il veut laisser au coupable le temps du repentir et 
de l'aveu. 

XXVII. On me demandera peut-etre : Adam fut-il cree mortel ? Non ; fut-il cree immortel ? 
Point du tout. II n'etait done rien ? Ce n'est pas ce que je veux dire ; sans doute, il ne fut 
cree ni mortel, ni immortel ; car, si Dieu l'avait cree immortel des le commencement, il 
l'aurait fait Dieu, et s'il l'avait fait mortel, il semble qu'il serait la cause de sa mort. II ne le 
crea done ni mortel, ni immortel, mais, comme nous l'avons deja dit, capable d'etre l'un ou 
l'autre. En suivant la voie qui conduit a l'immortalite, e'est-a-dire en restant fidele 
observateur de la loi du Seigneur, il devait recevoir de lui l'immortalite en recompense, et 
devenir semblable a Dieu ; mais en prenant le chemin de la mort, par la desobeissance, il se 
donnait la mort lui-meme ; car Dieu l'avait cree libre, et ne genait en rien sa liberte. Et 
aujourd'hui, par un effet admirable de sa bonte et de sa misericorde, il rend a l'homme 
devenu fidele tout ce qu'il avait perdu par sa negligence et son infidelite. C'est en 
desobeissant a Dieu qu'il s'etait donne la mort ; c'est aussi en se soumettant a sa volonte 
qu'il peut recouvrer la vie eternelle. Car Dieu nous a donne une loi et de saints preceptes, 
qui sont le gage du salut pour leurs fideles observateurs, et leur assurent, apres la 
resurrection, un heritage incorruptible. 

XXVIII. Apres qu'Adam eut ete chasse du paradis, il connut son epouse, que Dieu avait 
formee d'une de ses cotes. Ce n'est pas qu'il n'ait pu la former autrement ; mais il prevoyait 
deja que les hommes introduiraient une multitude de dieux ; il voyait d'avance ce que 
preparait le serpent, je veux dire ce culte insense d'une multitude de dieux qui ne sont pas. 
Un seul existait, et bientot l'erreur du polytheisme allait se repandre et faire croire aux 
hommes qu'ils etaient des dieux. C'est pourquoi, afin qu'on ne criit pas que l'homme etait 
l'ouvrage d'un Dieu, et la femme l'ouvrage d'un autre, il les fit l'un l'autre, et non isolement ; 
e'etait comme un symbole mysterieux, qui manifestait l'unite de Dieu, puisque c'est lui qui 
fit aussi la femme ; d'un autre cote, il voulait que leur union fut plus tendre et plus intime : 
aussi Adam dit a Eve : "Voila maintenant l'os de mes os, et la chair de ma chair." Puis il 
ajoute ces paroles prophetiques : "C'est pourquoi l'homme quittera son pere et sa mere, et 
s'attachera a sa femme ; et ils seront deux dans une meme chair" : paroles qui se verifient 



tous les jours parmi nous. Qui, en effet ; apres un mariage legitime, ne quitte pas son pere, 
sa mere, ses parents et ses proches, pour s'attacher a son epouse, et ne l'aime point de 
l'amour le plus tendre ? Combien d'hommes s'exposent a tous les dangers pour leur epouse 
? Eve fut trompee autrefois par le serpent, et devint la cause du peche ; voila pourquoi le 
demon, auteur de tous tes maux, Satan, qui s'entretint avec la femme, par l'intermediaire du 
serpent, se sert encore d'elle toutes les fois qu'il veut corrompre les hommes. II est appele 
lui-meme demon et dragon, parce qu'il s'est separe de Dieu en veritable transfuge ; car il 
etait ange auparavant. Comme nous avons parle de lui fort au long dans un autre endroit, il 
est inutile de nous y arreter davantage. 

XXIX. Adam connut Eve, son epouse, qui congut et enfanta un fils appele Cain ; et elle dit 
alors : "J'ai possede un homme par la grace de Dieu." Puis elle enfanta un second fils, 
nomme Abel : "Or, Abel fut pasteur de brebis, et Cain laboureur." L'histoire de ces deux 
freres est fort etendue ; c'est pourquoi nous renvoyons a la Genese ceux qui desirent la 
connaitre plus au long. Satan, etonne non-seulement de ce quAdam et Eve jouissaient de la 
vie, mais encore de ce qu'ils avaient des enfants ; jaloux d'ailleurs de n'avoir pu leur donner 
la mort, et de voir, quAbel etait agreable a Dieu, engagea son frere Cain a le tuer. C'est 
ainsi que la mort entra dans le monde et qu'elle envahit tout le genre humain. Mais Dieu, 
toujours plein de misericorde, voulant laisser a Cain aussi bien qu'a Adam le temps du 
repentir et de la penitence, lui parla en ces termes : "Ou est ton frere Abel ?" Cain lui 
repondit avec fierte et arrogance : "Je ne sais ; suis-je le "gardien de mon frere ?" Alors le 
Seigneur irrite lui dit : "Qu'as-tu fait ? La voix du sang de ton frere crie de la terre jusqu'a 
moi. Maintenant done tu seras maudit sur cette terre qui s'est ouverte pour recevoir le sang 
de ton frere ; verse par ta main. Tu seras gemissant et tremblant sur la terre." Depuis ce 
temps la terre, comme saisie d'effroi, refuse de s'abreuver du sang d'aucun homme ni 
d'aucun animal. Ce qui prouve que ce n'est point en elle que reside la faute, mais bien dans 
l'homme, qui a viole le precepte. 

XXX. Cain eut aussi un fis, appele Enoch ; il donna le nom de ce fils a la ville qu'il batit. 
Ainsi commencerent les villes, longtemps avant le deluge, et non point, comme le dit 
faussement Homere, quand les hommes eurent diverses langues. Enoch engendra un fils, 
appele Gaidad, qui engendra, lui-meme Meel : de Meel naquit Mathusalem, et de Mathu- 
salem, Lamech. Ce dernier eut deux epouses, appelees Ada et Sela. Alors commenca la 
polygamic ; la musique date aussi de cette epoque. Lamech eut trois enfants, appeles Obel, 
Jubal et Thobel. Obel nourrit paisiblement ses troupeaux sous ses tentes, Jubal inventa la 
harpe et la guitarre, Thobel forgea le fer et l'airain. La s'arrete la genealogie des enfants de 
Cain ; le reste de sa race fut enseveli dans l'oubli, en punition du meurtre de son frere. 
Cependant, a la place d'Abel, Dieu donna a Eve un autre fils appele Seth, par lequel le reste 
des hommes s'est propage jusqu'a ce jour. Ceux qui seraient curieux de connaitre les 
diverses generations n'ont qu'a lire les Ecritures. Nous avons fait en partie ce travail, ainsi 
que nous l'avons dit ; c'est une dissertation, ou plutot une suite de genealogie, qui se trouve 
dans le premier livre de nos Histoires. Nous tenons toutes ces choses de l'Esprit saint lui- 
meme, qui a parle par la bouche de Moise et des autres prophetes ; nos saints livres sont 
done plus anciens et plus vrais que toutes les fables et les recits des historiens et des poetes. 
II en est qui ont regarde Apollon comme l'inventeur de la musique ; d'autres ont pretendu 
qu'Orphee en avait concu l'idee en ecoutant le doux chant des oiseaux ; mais il est facile de 
se convaincre de la vanite et du ridicule de ces pretentions, quand on sait que ces 
personnages ont vecu plusieurs annees apres le deluge. Quant a l'evenement, arrive du 
temps de Noe, ce patriarche, que quelques auteurs appellent Deucalion, nous l'avons discute 
dans ce livre dont nous venons de parler ; vous pourrez le consulter, si vous le voulez. 



XXXI. Apres le deluge, les rois et les villes recommencerent de nouveau dans l'ordre qui 
suit : La premiere cite fut Babylone, puis Orach, Archat et Chalane, dans la terre de Senaar. 
Le roi de ces villes fut Nebroth. D'elles sortit Assur, qui donna son nom aux Assyriens. 
Nebroth batit les villes de Ninive, de Roboam, de Calac et de Dasen, situee entre Ninive et 
Calac. Mais la ville de Ninive se distingua entre toutes les autres par sa vaste etendue. Un 
autre fils de Sem, enfant de Noe, appele Mesraim, engendra Landonim, Enemigin, Labiim, 
Nephtaliim et Patrosoniim, qui donna le jour a Philistiim. Nous avons parle des trois fils de 
Noe, de leur mort et de leur genealogie, dans ce premier livre de nos Histoires deja cite. II 
nous reste maintenant a rappeler les autres villes, les autres rois et les autres evenements 
qui remontent a l'epoque ou les hommes n'avaient qu'une seule langue. Les villes dont nous 
avons deja parle appartiennent a ce temps-la. 

Le moment arrivait ou les hommes devaient se disperser dans les differentes parties du 
monde, Pour rendre leurs noms immortels, ils prirent la resolution, de leur mouvement 
propre et sans consulter la volonte de Dieu, de batir une ville et une tour, dont le faite 
s'eleverait jusqu'aux cieux. Mais parce qu'ils avaient ose entreprendre un si grand ouvrage 
sans consulter le Seigneur, il renversa leur ville et leur tour ; il confondit en merae temps leur 
langage, et chacun eut sa langue particuliere. 

C'est aussi ce que nous apprend la Sibylle, lorsque annoncant au monde la colere future de 
Dieu, elle s'exprime en ces termes : "Alors, dit-elle, s'accomplirent les menaces que le Dieu 
supreme avaient faites aux mortels, quand ils eleverent une tour sur la terre dAssyrie. Ils 
parlaient tous la merae langue, et ils voulurent escalader le ciel etoile. Mais aussitot l'eternel 
ordonna aux vents de se dechainer ; ils renverserent cette tour superbe, et jeterent la discorde 
parmi les hommes. Lorsque la tour se fut ainsi ecroulee et que les langues des hommes se 
furent divisees en plusieurs dialectes, la terre alors se remplit d'habitants, commandes par 
differents rois." Tel est le recit de la Sibylle. 

Ces evenements se passerent dans la terre des Chaldeens ; il y avait alors dans la terre de 
Chanaan une ville nommee Charra. A cette epoque parut Pharaon, le premier roi d'Egypte ; il 
fut appele aussi Nachaoth, par les Egyptiens ; d'autres rois lui succederent. Dans la terre de 
Senaar, occupee par les Chaldeens, le premier roi fut Arioch : apres lui vint Ellasar, puis 
Chodollagomor, puis Thargal, roi des peuples qui furent nommes Assyriens. II y eut aussi 
cinq villes dans la partie occupee par Cham, fils de Noe ; c'etaient Sodome, Gomorrhe, 
Adama, Seboim et Segor, qui eurent pour rois Ballas, Barsas, Senaar, Hymor et Balac. Ces 
cinq rois obeirent pendant douze ans a Chodollegomor, roi des Assyriens. Mais ils rompirent 
avec lui a la treizieme annee, et ils eurent une longue lutte a soutenir contre quatre rois 
dAssyrie. Telle fut l'origine des guerres sur la terre : ces rois dompterent les geants de 
Caranain, et avec eux, au sein merae de leur ville, des nations guerrieres et les Chorreens, qui 
habitaient les montagnes nominees Seir, jusqu'a la ville de Terebinthe, appelee aussi Pharan, 
parce qu'elle est situee dans un desert. II y avait alors un saint roi, nomme Melchisedech, qui 
regnait dans la ville de Salem, appelee aujourd'hui Jerusalem. II fut le premier pontife du 
Dieu tres-haut, et donna a la ville qu'il habitait le nom qu'elle porte encore. A dater de son 
regne, il y eut des pretres dans tout l'univers. Apres lui, Abimelech regna a Gerare, puis un 
autre Abimelech, puis Ephron, surnomme Chettevs. Voila les noms des premiers rois. Ceux 
des autres rois dAssyrie, qui regnerent plusieurs annees apres, sont passes sous le silence 
par tous les historiens qui ont rapporte des evenements plus rapproches de nous. On en cite 
quelques-uns : Taglaphasar, Salmanasar, puis encore Sennacherib. Vint ensuite l'Ethiopien 
Adramelech, qui fut aussi roi d'Egypte. Mais tout cela est bien recent, en comparaison de 
l'antiquite de nos saints livres. 



XXXII. Ainsi done les hommes erudits, qui veulent fouiller dans les temps anciens, peuvent 
juger par la combien vos histoires sont incompletes et recentes, lorsqu'elles ne se rattachent 
pas aux recits des saints prophetes. Dans ces premiers temps, les hommes etaient rares dans 
l'Arabie et la Chaldee ; mais lorsqu'ils furent divises de langage, ils commencerent a croitre 
et a se multiplier peu a peu dans tout l'univers. Les uns allerent habiter l'Orient ; les autres, 
les parties du grand continent et le septentrion, en sorte qu'ils s'etendirent jusque chez les 
Bretons, vers les regions du pole arctique. Quelques uns occuperent le pays des 
Chananeens, qui fut ensuite appele Judee et Phenicie, puis les contrees de l'Ethiopie, de 
l'Egypte et de la Lybie, puis encore la region appelee Torride, et les terres qui appartiennent 
a l'Occident. Le reste enfin se repandit dans diverses contrees, dans l'Asie, la Grece, la 
Macedoine, l'ltalie, les Gaules, les Espagnes et la Germanie, en sorte qu'aujourd'hui 
l'univers entier se trouve peuple. Le monde avait ete divise d'abord en trois parties, l'Orient, 
le Midi et l'Occident ; quand les hommes deborderent ainsi de tous cotes, les autres parties 
du monde furent aussi habitees. Cependant des ecrivains, a qui ces faits sont inconnus, ne 
craignent point d'affirmer que le monde est spherique, et (d'autres) semblable a un cube. Et 
comment pourraient-ils se flatter d'etre ici dans la verite, puisqu'ils ignorent la creation du 
monde et la maniere dont il s'est peuple ? Les hommes s'etant multiplies peu a peu sur la 
terre, comme nous l'avons deja dit, bientot les lies elles-memes et les contrees desertes se 
couvrirent d'habitants. 

XXXIII. Quel sage, quel poete, quel historien a pu dire la verite sur ces premiers evenements 
? tous leurs dieux eux-memes n'ont-ils pas ete engendres longtemps apres la fondation des 
villes ? ne sont-ils pas bien posterieurs aux rois, aux peuples et aux guerres de ces premiers 
temps ? Ces historiens ne devaient-ils pas aussi faire mention de tout ce qui s'est passe, meme 
avant le deluge ? Si les prophetes d'Egypte et les autres auteurs chaldeens parlaient par 
l'Esprit saint et annoncaient la verite, ne devaient-ils pas tout faire connaitre, parler avec 
exactitude de l'origine du monde, de la creation de l'homme et des autres evenements qui 
suivirent ! Non-seulement ils devaient parler du passe et du present, mais ils devaient meme 
prevoir l'avenir et nous apprendre quel etait le sort reserve au monde. II est evident qu'ils 
etaient tous dans l'erreur, que les Chretiens seuls possedent la verite ; car ils sont instruits par 
l'Esprit saint, qui a parle par les prophetes et leur a annonce toutes choses. 

XXXIV. Aussi, je vous exhorte a etudier, avec le plus grand soin, la parole divine, e'est-a- 
dire les ecrits des prophetes ; vous pourrez comparer notre doctrine avec celle de tous les 
autres ecrivains, et cette comparaison vous fera trouver la verite. Leurs histoires elles-memes 
nous apprennent que ceux dont ils font des divinites ont ete simplement des hommes qui 
vecurent jadis parmi eux, comme nous l'avons deja demontre. Jusqu'a ce jour encore on ne 
cesse de leur elever des statues, qui ne sont que de purs simulacres et "l'oeuvre de simples 
mortels." Une multitude d'hommes insenses leur rend un culte divin, tandis que dans leur 
folle croyance, et abuses par l'erreur et les prejuges qu'ils ont recus de leurs peres, ils insultent 
au dieu createur, a celui qui a fait toutes choses et qui nourrit tout etre vivant. Cependant le 
Dieu, Pere et createur de l'univers, n'a pas abandonne le genre humain ; mais il lui a donne 
sa loi, et lui a envoye ses saints prophetes pour la lui annoncer, afin que tous, sortant de 
leur sommeil, confessent qu'il n'existe qu'un seul Dieu. Ces memes prophetes nous ont 
appris a nous abstenir du culte sacrilege des idoles, de l'adultere, du meurtre, de la 
debauche, du larcin, de l'avarice, du parjure, de la colere et de toute impurete ; ils nous ont 
appris aussi a ne point faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu'on nous fit a nous- 
memes, nous assurant que celui qui observe la justice evitera les supplices de l'enfer et 
obtiendra de Dieu la vie eternelle. 



XXXV. La loi divine nous defend done d'adorer non-seulement les simulacres, mais encore 
les elements, le soleil, la lune et les etoiles ; elle nous defend d'offrir aucun culte au ciel, a 
la terre, a la mer, aux fontaines et aux fleuves, mais d'adorer, avec un coeur pur et un esprit 
sincere, celui-la seul qui est veritablement Dieu et qui a cree toutes choses. 

Voici ce qu'elle enseigne : "Tu ne seras point adultere ; tu ne tueras point ; tu ne deroberas 

point ; tu ne porteras point de faux temoignage ; tu ne desireras point la femme de ton 

prochain." 

Les prophetes tiennent aussi le meme langage. Salomon nous apprend a ne pas meme 

pecher par les yeux, lorsqu'il dit : "Que tes yeux voient la justice, et que tes paupieres ne 

consentent qu'au bien." 

Moise, qui est aussi range parmi les prophetes, parle en ces termes du pouvoir du Dieu 

unique : "C'est la votre Dieu qui a cree la terre et affermi le ciel ; e'est lui dont les mains ont 

fait briller cette multitude d'astres, cette "innombrable milice du ciel ; mais il ne les a pas 

crees, pour que vous les adoriez." 

Isaie lui-meme a dit aussi : "C'est ici la parole du Seigneur, du Dieu qui a cree et etendu les 

cieux ; qui affermit la terre et la couvre de fruits ; qui donne le souffle aux animaux, et la 

vie aux hommes." Et dans un autre endroit : "Moi j'ai fait la terre et j'ai cree l'homme qui 

l'habite ; j'ai etendu les cieux de ma main." Plus loin encore : "C'est la votre Dieu ; il a fixe 

les bornes de la terre, il ne connait pas la faim, il ne se fatigue point ; sa sagesse est 

impenetrable." 

Jeremie a dit pareillement : "Celui qui a fait la terre par sa puissance, et qui a prepare 

l'univers dans sa sagesse, a etendu les cieux par son intelligence. A sa voix les eaux se 

rassemblent dans le ciel, et il eleve les nuees des extremites de la terre ; il fait briller les 

eclairs au milieu de la pluie, il tire les vents de ses tresors." 

Vous voyez que tous les prophetes sont unanimes pour celebrer le pouvoir d'un Dieu 

unique, l'origine du monde et la creation de l'homme. lis ont deplore du fond de leur coeur 

l'impiete des hommes, et fletri les pretendus sages qui suivaient la voie de l'erreur et 

s'endurcissaient dans le mal. 

Voici comment parle Jeremie : "Tout homme est infecte de sa science, l'ouvrier est couvert 

de honte a cause de son oeuvre ; en vain celui qui travaille l'argent fabrique une idole 

d'argent, la vie n'y reside pas. Au jour de la visite du Seigneur, ils periront." 

Ainsi parle David : "Ils se sont corrompus, ils sont devenus abominables : dans leurs voies, 

il n'en est pas un qui fasse le bien, pas un seul ; tous sont egares, ils sont devenus 

incapables du bien." 

Habacuch a dit pareillement : "A quoi sert l'idole sculptee par l'ouvrier, l'idole jetee en 

fonte ? II a forme une vaine image ; malheur a celui qui dit au bois, reveillez-vous ; et a la 

pierre, levez-vous pour me repondre !" 

Tous les prophetes de la verite ont tenu le meme langage. Mais pourquoi les citer tous, ils 

sont en grand nombre et tous d'accord sur les verites qu'ils enseignent ? Que ceux qui 

veulent s'en instruire plus en detail consultent leurs ecrits et ne se laissent plus egarer par 

tant de vains systemes, qui ne sont que laborieuses puerilites. Les prophetes hebreux, dont 

nous parlons, etaient des hommes sans lettres, sans science, la plupart de simples bergers. 

XXXVI. Voici maintenant les paroles de la Sibylle, qui fut la prophetesse des Grecs et des 
autres nations. Voyez comment elle s'eleve contre le genre humain, au commencement de 
sa prophetie : "Hommes charnels et sujets a la mort, vous qui n'etes rien, pourquoi vous 
enorgueillir, sans regarder la fin de la vie ? Comment ne tremblez-vous pas, comment 
n'etesvous pas saisis de terreur, en pensant au Dieu tres-haut qui voit tout, qui examine tout, 
qui connait tout, qui nourrit tout, et qui nous a donne a tous une ame pour nous conduire ? 
II n'est qu'un seul Dieu, maitre absolu, tout-puissant, invisible, qui voit toutes choses, sans 



etre vu par aucun oeil mortel ? Quel oeil humain, en effet, pourrait voir le Dieu celeste, 
immortel et veritable, qui habite les cieux ? l'homme peut-il seulement fixer le soleil, 
1'homme qui a recu le jour et qui n'est qu'un compose de chair et de sang ? Adorez done ce 
Dieu unique, qui gouverne le monde, qui seul a existe pendant les siecles et avant les 
siecles, qui est engendre de lui-meme, incree, maitre de toutes choses, et qui doit juger tous 
les hommes. Si, au lieu d'adorer le Dieu veritable et eternel, et de lui offrir des sacrifices, 
vous allez immoler aux demons qui habitent les enfers, attendez-vous a une juste punition. 
Vous marchez pleins d'orgueil et de fureur ; vous abandonnez le droit chemin, pour aller a 
travers les epines et les precipices ? Pourquoi errer ainsi ; 6 mortels ! cessez de poursuivre 
les tenebres et la nuit obscure, saisissez la lumiere. Voici un astre qui brille a tous les yeux 
et qui ne conduit point a l'erreur : Venez, abandonnez les tenebres, et suivez la douce 
lumiere du soleil. Connaissez la sagesse, et gravez-la pour jamais dans votre coeur. II n'est 
qu'un seul Dieu qui envoie la pluie, les vents et les tremblements de terre ; qui envoie la 
foudre, la famine, la peste, les divers fleaux, la neige et la glace. Pour tout dire, en un mot, 
il gouverne le ciel, il tient la terre dans sa main, il possede la vie." 

Ecoutez encore ce qu'elle dit des dieux qui ont ete engendres : "S'il est vrai que tout ce qui 
est engendre est, par la meme, sujet a la corruption, Dieu ne peut etre forme de l'homme. II 
n'est done qu'un seul Dieu, qui a cree le ciel et le soleil, la lune et les etoiles, la terre et les 
mers, les montagnes et les sources d'eau vive. II a cree aussi une multitude prodigieuse 
d'animaux aquatiques et de reptiles qui se meuvent sur la terre et dans les eaux. II nourrit 
mille oiseaux divers, qui etalent les richesses de leur plumage, qui font entendre 
d'harmonieux accords, et qui agitent doucement l'air avec leurs ailes. II a place dans les 
forets et dans le creux des montagnes la race sauvage des betes feroces, tandis qu'il nous a 
donne, pour nos besoins, une multitude innombrable d'animaux domestiques, et qu'il nous a 
etablis rois et maitres sur tout. Car il a soumis a l'homme les animaux dont les races sont si 
nombreuses et les especes si variees. Quel mortel pourrait connaitre toutes les ceuvres du 
Createur ? Lui seul les connait, lui qui a tout fait, qui est incorruptible, eternel, et qui habite 
les cieux, lui qui comble de biens les hommes vertueux, tandis qu'il fait tomber, sur les 
mechants, sa colere et sa fureur, la guerre, la peste et les douleurs, causes de tant de larmes. 
O hommes ! pourquoi vous elever ainsi pour perir a jamais ? Rougissez d'honorer comme 
des dieux les chats, les insectes ! N'est-ce pas folie, fureur, stupidite ; car ces dieux 
s'introduisent dans les vases, dans les marmites pour y voler et piller ; lorsqu'ils devraient 
habiter le ciel, si magnifique et si riche, ils s'occupent de morceaux ronges de vers et 
couvert de toiles d'araignees. Insenses ! vous adorez des serpents, des chiens, des chats, des 
oiseaux, des reptiles, des statues et des monceaux de pierres qu'on trouve dans les rues. Que 
dis-je ? Je n'oserais nommer toutes les choses hideuses qui sont encore l'objet de vos 
hommages. Ce sont des dieux qui trompent des hommes insenses, et repandent, de leurs 
bouches, un poison mortel. Vous ne devez flechir le genou que devant l'etre incree, eternel 
et incorruptible, qui seul repand la joie plus douce que le plus doux miel, et prendre votre 
route vers les siecles eternels. Mais vous avez tout oublie : la coupe de justice, si pure, si 
pleine, surabondante, quel abus vous en avez fait, dans votre imprudence et votre delire ! 
Vous ne voulez point sortir de votre lethargie, revenir a la sagesse et reconnaitre pour roi le 
Dieu qui voit tout. C'est pourquoi un feu devorant est venu sur vous ; vous serez a jamais 
brules par les flammes, et couvets de confusion, a cause de vos vaines idoles. Mais ceux qui 
adorent le Dieu eternel et veritable auront pour heritage la vie qui n'a pas de fin ; ils 
habiteront le jardin delicieux du paradis, et mangeront le doux pain des anges." 
Telles sont les paroles de la Sibylle : qui ne comprend combien elles sont utiles, vraies, 
justes, amies de l'homme ? 



XXXVII. A l'egard des chatiments reserves aux mediants, plusieurs poetes eux-memes les 
ont reconnus et annonces : c'est en cela qu'ils portaient temoignage contre eux-memes et 
contre tous les impies. 

Eschyle a dit : "On doit souffrir selon le mal qu'on a fait." 

Et Pindare : "II est juste qu'on eprouve un sort proportionne a sa conduite." 

Euripide dit aussi : "Souffrez, sans vous plaindre, ce que vous avez encouru de gaiete de 

coeur, la loi est de sevir contre l'ennemi qu'on a pris." Et dans un autre endroit : "II est, je 

pense, d'un homme courageux de poursuivre son ennemi." 

Archiloque a dit : "II est une chose qui importe, c'est d'expier le mal qu'on a fait." 

Au sujet de la patience de Dieu, qui voit tout, qui sait tout, et neanmoins attend le jugement, 

parce qu'il est patient, Denys s'exprime en ces termes : "Quoique l'oeil de la justice semble 

s'ouvrir doucement, il n'en voit pas moins toutes choses." 

Voici comment Eschyle parle du jugement de Dieu et des maux qui doivent fondre tout a 

coup sur les mechants : "Les maux ne tarderont pas a tomber sur les coupables, et de terribles 

chatiments menacent ceux qui abandonnent la justice. Vous la voyez maintenant persecuted 

et sans voix ; cependant elle ne cesse de vous suivre de loin et de pres, soit que vous dormiez, 

ou que vous soyez en marche ou bien en repos. La nuit la plus obscure ne peut cacher votre 

iniquite ; et sachez que lorsque vous faites le mal, vous avez toujours un temoin qui vous 

regarde." 

Simonide ne s'ecrie-t-il pas : "II n'arrive aucun mal a l'homme auquel il ne doive s'attendre, 

car Dieu renverse tout en un moment." 

Ecoutez encore Euripide : "Ne vous fiez point, dit-il, a la prosperite des mechants, et ne 

comptez point sur la duree de leur orgueilleuse opulence. Leurs enfants merae ne sont point 

stars de l'avenir ; car le temps ne connait point de parents, et devoile les crimes des hommes a 

la posterite." Et dans un autre endroit : "La science ne manque pas a Dieu, et il lui est facile 

de connaitre les mechants et leurs parjures." 

Sophocle dit enfin : "Si vous avez fait le mal, il faut que vous souffriez aussi le mal." 

Ainsi done les poetes s'accordent a peu pres tous avec les prophetes sur les chatiments que 

Dieu reserve aux parjures et aux autres crimes. Que dis-je ? De bon gre ou de force, ils sont 

amenes a tenir le merae langage sur le feu qui doit devorer le monde ; posterieurs a nos 

ecrivains sacres, ils ont pu derober toutes ces connaissances aux livres de la loi et des 

prophetes. 

XXXVIII. Mais qu'importe qu'ils soient venus avant ou apres les prophetes ? Toujours est-il 
qu'ils s'accordent parfaitement avec les derniers. 

Car voici ce que dit le prophete Malachie sur le feu qui doit consumer le monde : "Le jour du 

Seigneur vient comme un incendie qui devorera tous les impies." 

Isaie "dit : "La colere de Dieu viendra comme la grele qui se precipite et comme le torrent qui 

entraine tout dans un gouffre." 

Non-seulement la Sibylle, les poetes et les philosophes ont parle de la justice de Dieu, du 

jugement et des peines a venir, mais, forces encore par la verite, ils ont confesse la 

providence de Dieu ; ils ont dit qu'il s'occupait des vivants et des morts. 

Voici comment Salomon parle de ces derniers : "Le parfum se repandra sur leurs chairs, et 

l'huile coulera sur leurs os." 

David dit aussi : "Mes os brises tressailliront." 

C'est precisement la pensee du poete Timocle : "Dieu, dit-il, regarde avec bonte ceux qui 

reposent dans l'urne." 

Voyez la contradiction ou tombent tous ces auteurs. Ils adorent une multitude de dieux, et 

reconnaissent l'empire d'un seul ; ils nient le jugement et le confessent ; ils combattent et 

admettent l'immortalite de l'ame. 



Homere dit quelque part : "Son ame s'evanouit comme un songe." Puis dans un autre endroit : 
"Son ame, en quittant son corps, descendit aux enfers." Et ailleurs encore : "Ensevelis-moi, 
afin que j'entre au plus tot dans le royaume de Pluton." Vous avez lu les autres poetes, vous 
savez comment ils raisonnent ; je serai facilement compris de tout homme qui cherche 1 a 
sagesse de Dieu et qui lui plait par sa foi, sa justice et ses bonnes oeuvres ; car voici ce qu'a 
dit le prophete Osee : "Ou est le sage ? Et il comprendra ce que je a dis, l'homme prudent ? 
Et il penetrera mes paroles : car les voies de Dieu sont droites ; les justes y marchent d'un 
pied ferme, les mediants y chancellent a chaque pas." 

II faut que celui qui desire apprendre s'y porte avec plaisir. Venez done souvent me voir, 
nous converserons ensemble, et dans ces entretiens de vive voix vous apprendrez a connaitre 
la verite. 



LIVRE TROISIEME 

I. Theophile a Autolyque, salut. 

La vaine gloire pousse d'ordinaire les auteurs a composer de nombreux ouvrages : les 
uns sur les dieux, sur les guerres, sur les temps ; les autres sur de vaines fables et de 
laborieuses bagatelles qui vous retiennent encore, bien que livre a l'etude serieuse qui 
nous occupe ; malgre les entretiens que nous avons eus jusqu'alors, vous traitez 
toujours avec mepris la doctrine de verite, vous regardez nos saintes Ecritures comme 
des livres tout a fait nouveaux ; en reprenant les choses des l'origine, il me sera facile 
de vous convaincre de la haute antiquite de ces divins livres ; c'est ce que je vais faire 
en peu de mots, avec l'aide de Dieu, afin que la longueur du traite ne vous empeche 
pas de le lire entierement et qu'il vous soit plus facile de decouvrir les inepties des 
autres ecrivains. 

II. II aurait fallu qu'ils eussent ete temoins oculaires des faits qu'ils rapportent, ou du 
moins qu'ils les eussent appris exactement de ceux qui les avaient vus de leurs yeux ; 
car c'est frapper l'air que de transmettre des choses incertaines. Qu'a servi a Homere 
d'avoir ecrit la guerre de Troie, et d'avoir induit tant d'hommes en erreur ? A Hesiode, 
d'avoir recueilli peniblement la genealogie de ceux qu'on regarde comme des dieux ? A 
Orphee, d'avoir compte trois cents soixante-cinq dieux, qu'il a detruits lui-meme, a la fin de 
sa vie, lorsqu'il a declare, dans son livre des Preceptes, qu'il n'y avait qu'un seul Dieu ? 
Qu'est-ce qu'Aratus, et tous ceux qui firent la description du globe, ont retire de leur travail 
? Une gloire humaine peu meritee. Qu'est-ce qu'ils nous ont dit de vrai ? Qu'ont servi a 
Euripide, a Sophocle et aux autres tragiques, leurs tragedies ? a Menandre, a Aristophane et 
aux autres comiques, leurs comedies ? a Herodote et a Thucydide, leurs histoires ? Qu'a 
retire Pythagore d'Adyte et des colonnes d'Hercule, ou Diogene de sa philosophic cynique ? 
Qu'est-il revenu a Epicure de nier la Providence, a Empedocle de professer l'atheisme, a 
Socrate de jurer par le chien, l'oie et le platane, par Esculape, frappe de la foudre, et par les 
demons qu'il invoquait ? Pourquoi s'est-il presente a la mort avec joie ? Quelle recompense 
esperait-il recevoir apres cette vie ? Qu'a servi a Platon la philosophic dont il est l'auteur, et 
a la multitude innombrable des philosophes leurs diverses opinions ? Ce que nous disons ici 
a pour but de montrer la vanite et l'impiete de leur doctrine. 

III. Tous ces hommes, en effet, avides d'une folle gloire, n'ont pas decouvert la verite, ni 
excite les autres a la chercher ; ils se trouvent refutes par leurs propres paroles, puisque 
leurs livres sont remplis de contradictions. Non-seulement ils se detruisent les uns les 
autres, mais il en est meme qui annulent leurs propres arrets ; de sorte que leur gloire s'est 
changee en opprobre et en folie, car tout homme sage les condamne. Ils ont parle des dieux 
et ont enseigne ensuite qu'il n'en existait aucun ; ils ont traite de l'origine du monde et ont 
dit apres que tout etait incree ; ils ont dispute sur la Providence, et ont decide ensuite que le 
monde etait le jouet du hasard. Mais, que dirai-je ? n'ont-ils pas ecrit aussi sur l'honnetete 
des moeurs, tandis qu'ils enseignaient la licence, la debauche, l'adultere, et qu'ils 
introduisaient des crimes affreux ? Us celebrent des dieux dont le titre de gloire est d'avoir 
ete les premiers a se plonger dans d'infames turpitudes, et a se rassasier de mets execrables. 
Quel est celui d'entre eux qui n'ait chante Saturne devorant ses enfants ; Jupiter mangeant 
son fils Metis, et invitant les dieux a d'horribles festins ou servait, dit-on, Vulcain, forgeron 
et boiteux ; Junon enfin, sa propre sceur, qu'il epousa, et qui fit servir sa bouche impure a 
des choses infames ? Vous n'ignorez point, sans doute, les autres forfaits de Jupiter, tels 
qu'ils sont racontes par les poetes. Pourquoi parler encore des crimes de Neptune, 



d'Apollon, de Bacchus, d'Hercule, de Minerve et de Venus la prostituee, puisque j'en ai 
traite au long dans un autre livre ? 

IV. Je ne me serais pas arrete a une semblable refutation, si je ne vous avais encore vu 
flottant et incertain sur la doctrine de la verite. Quelle que soit, en effet, votre sagesse, vous 
accueillez volontiers les paroles des hommes les plus insenses ; autrement vous n'auriez 
point ete ebranle par leurs vains discours, vous n'auriez point cru a de vieilles calomnies 
semees par l'impiete, qui invente toutes sortes de crimes contre nous, parce que nous 
sommes Chretiens et que nous adorons le vrai Dieu. lis repetent partout que dans nos 
assemblies toutes les femmes sont en commun, qu'on s'unit au hasard avec ses propres 
soeurs, et, ce qui est le comble de l'impiete et de la barbarie, que toute espece de chair nous 
est bonne, meme la chair humaine. lis ajoutent aussi que notre doctrine est toute nouvelle, 
que nous manquons de preuves, pour en etablir la verite, que nos institutions sont des 
folies. Je ne puis trop m'etonner de vous voir preter a nos discours une oreille si peu 
attentive, vous, si studieux, si applique dans tout le reste ; car vous passeriez vos nuits dans 
les bibliotheques, si vous le pouviez. 

V. Mais puisque vous avez beaucoup lu, que vous semble-t-il des preceptes de Zenon, de 
Diogene et de Cleanthe, qui veulent qu'on mange de la chair humaine, que les enfants eux- 
memes egorgent et devorent leurs parents, et que celui qui refuserait un semblable aliment 
soit lui-meme devore ? Cette impiete n'est-elle pas encore surpassee par le conseil de 
Diogene, qui apprend aux enfants a immoler leurs parents en place de victime, et a se repaitre 
de leur chair ? Que dis-je ? L'historien Herodote ne raconte-t-il pas que Cambyse, apres avoir 
tue les enfants d'Harpagus, les fit servir ensuite sur la table de leur pere ? Le meme historien 
rapporte aussi que dans les Indes les parents sont devores par leurs propres enfants. Execrable 
doctrine ! veritable atheisme ! demence ! fureur de ces hommes qui se disent philosophes ! 
N'est-ce pas a leur doctrine que nous devons ce regne d'impiete qui remplit le monde ? 

VI. En effet, presque tous ceux qui se sont egares dans la philosophic s'entendent pour 
enseigner quelques crimes affreux. Platon le premier, lui dont la doctrine parait superieure a 
toutes les autres, decide, avec l'autorite d'un legislateur, dans son premier livre de la republique, 
que toutes les femmes seront communes ; il s'appuie de ce que fit un fils de Jupiter qui donna 
des lois aux Cretois, et n'apporte pas d'autre raison que le frivole pretexte de favoriser la 
fecondite, et de procurer en meme temps une espece de soulagement a ceux qui sont accables 
de travaux, bien que sa loi fut en opposition directe avec toutes les lois existantes. Car Solon 
voulait que les enfants naquissent d'un mariage legitime, et non point d'un adultere ; l'intention 
de sa loi etait d'empecher les enfants de regarder comme pere un etranger, ou d'outrager l'auteur 
de leurs jours faute de le connaitre. Epicure soutient encore, outre son atheisme, qu'on peut 
s'unir sans crime a une mere, a une soeur, et il conseille tous les crimes defendus par les lois de 
Rome et de la Grece. Epicure et les stoiciens n'enseignent-ils pas l'inceste avec des soeurs ou 
les unions contre nature ? Us ont rempli les bibliotheques de leur doctrine afin de corrompre. 
jusqu'a l'enfance elle-meme. Mais pourquoi nous arreter plus longtemps a ces philosophes ? 
N'ont-ils pas tous professe la meme doctrine a l'egard de ceux qu'ils regardent comme des 
divinites ? 

VII. En effet, apres avoir reconnu l'existence des dieux, ils les reduisent tous au neant. Les uns 
disent qu'ils sont formes des atomes ; d'autres qu'ils se changent en atomes, et qu'ils n'ont 
pas plus de pouvoir que les hommes. Platon, tout en reconnaissant les dieux, ne fait point 
difficulte de dire qu'ils sont nes de la matiere. Pythagore, qui fit tant de recherches sur la 
divinite, qui parcourut le monde en tous sens, decide que tout a ete fait par les forces de la 



nature, par un concours fortuit, et que les dieux ne s'occupent nullement des hommes. Je 
passe sous silence tous les systemes imagines par l'academicien Clitomaque, pour prouver 
qu'il n'y avait point de dieux. Que n'a pas dit encore Critias ? Que n'a pas dit Protagoras, 
dont on cite ces paroles : "Je ne puis assurer si les dieux existent, ni demontrer quels ils sont 
; bien des raisons m'en empechent." Le sentiment d'Euhemere, cet homme d'une si profonde 
impiete, ne me semble pas meriter d'etre rapporte. Car apres avoir ose disputer longtemps 
sur les dieux, il finit par les nier tous, et dire que c'est le hasard qui gouverne le monde. 
Platon lui-meme, qui traita fort au long de l'unite de Dieu et de l'immortalite de l'ame 
humaine, ne semble-t-il pas se contredire ensuite, lorsqu'en parlant des ames, il dit que les 
unes passent dans d'autres hommes ; que les autres vont animer des animaux sans raison ? 
Est-il une opinion plus capable de revolter le bon sens ? quoi ! un homme se trouve 
metamorphose tout a coup en un chien, en un loup, en un ane ou en tout autre animal 
semblable ! Pythagore a soutenu la meme doctrine, et de plus il a nie la Providence. A qui 
croirons-nous done ? Sera-ce au poete comique Philemon, qui dit : "Les adorateurs de la 
Divinite ont une belle esperance de salut ?" Ou bien a ceux que nous avons nomraes : a 
Euhemere, Epicure, Pythagore et les autres, qui ne reconnaissent ni Dieu ni Providence ? 
Voici comment Aristo parle de l'un et de l'autre : "Confiez-vous, dit-il, aux gens vertueux, 
car si Dieu prete son secours a tout le monde, il assiste cependant d'une maniere particuliere 
ces derniers. S'il n'y avait pas de recompense, a quoi servirait-il d'etre pieux, comme la 
justice le demande ? Cependant j'ai vu souvent dans le monde les gens de bien gemir dans 
l'adversite, tandis que des egoistes, uniquement occupes de leur interet etaient environnes 
de gloire et d'eclat. Mais attendons la fin ; car le monde n'est point abandonne a 
l'impulsion aveugle du hasard, comme le pretendent certains philosophes dont 
l'opinion est aussi affreuse qu'elle est funeste ; ils veulent en faire le rempart de leur 
depravation. Mais au contraire le juste sera un jour recompense de sa vertu, comme le 
mechant sera puni de ses crimes, ainsi qu'il convient." 

Vous voyez done combien tous ces philosophes sont peu d'accord entre eux sur Dieu 
et la Providence ; ceux-ci ont reconnu, ceux-la ont nie l'un et l'autre. Aussi tout lecteur 
prudent doit peser les paroles de chacun d'eux, selon le conseil de Simylus : "Qu'ils 
soient ineptes, dit-il, ou pleins de sens, les poetes ont d'ordinaire le droit de dire tout 
ce qu'ils veulent ; mais c'est a nous de juger." 

C'est aussi le conseil de Philemon : "Rien, dit-il, n'est plus facheux qu'un auditeur 
inepte qui ne sait pas juger par lui-meme." Vous devez done examiner avec soin tout 
ce qu'ont dit les poetes et les philosophes, et ce que nous disons nous-memes, avant de 
prononcer un jugement. 

VIII. Ceux qui rejetaient vos dieux les ont ensuite admis, et leur ont attribue les plus 
grands crimes. Les debauches de Jupiter surtout ont ete pompeusement celebrees par 
les poetes ; et Chrysippe va jusqu'a dire que Junon preta sa bouche impure pour un 
usage infame. Pourquoi rappeler les debauches de celle qu'on regarde comme la mere 
des dieux, de Jupiter Latiare qui avait soif de sang humain, et d'Atis qui fut 
cruellement mutile ? Pourquoi parler de Jupiter, surnomme le tragique, qui baigna de 
sang, dit-on, sa propre main, et qui est honore aujourd'hui comme un Dieu chez les 
Romains ? Je passe encore sous le silence les temples d'Antinous et des autres qu'on 
honore du nom de dieux ; car les gens senses ne pourraient entendre mes paroles sans 
rire. Ainsi done les philosophes qui ont professe une pareille philosophic sont accuses, 
par leurs propres ecrits, ou d'impiete, ou d'une infame turpitude. On trouve meme dans 
leurs livres le conseil de devorer les hommes, et ils donnent les dieux qu'ils adorent 
comme des modeles de tous les crimes que Ton peut commettre. 



IX. Pour nous, nous reconnaissons un Dieu, mais un seul Dieu ; nous savons aussi que la 
Providence gouverne toutes choses, mais lui seul est cette Providence ; nous avons recu une 
loi sainte, mais nous avons pour legislateur le vrai Dieu, qui nous apprend a pratiquer la piete, 
la justice, et a faire le bien. 

Voici ses preceptes sur la piete : "Tu n'auras point d'autres dieux que moi. Tu ne te feras point 
d'idole taillee, ni aucune image de ce qui est au-dessus de toi dans les cieux, en bas sur la 
terre, ni dans les eaux sous la terre. Tu ne les adoreras point et ne les serviras pas : car je suis 
le Seigneur ton Dieu." 

Sur les bonnes oeuvres, il s'exprime ainsi : "Honore ton pere et ta mere, afin que tes jours 
soient longs sur la terre que le Seigneur ton Dieu t'a donnee." 

Voici enfin ce qu'il dit de la justice : "Tu ne seras point adultere. Tu ne tueras point. Tu ne 
deroberas point. Tu ne porteras point de faux temoignage contre ton prochain. Tu ne desireras 
point la femme de ton prochain, ni sa maison, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni 
son ane, ni aucune chose qui soit a lui. Tu ne seras point inique dans le jugement du pauvre. 
Tu t'eloigneras de toute parole injuste. Tu ne tueras point le juste et l'innocent. Tu ne 
justifieras point l'impie et tu ne recevras pas de presents ; car les presents aveuglent les yeux 
de ceux qui voient et pervertissent les justes." 

Le ministre de cette sainte loi fut Moise, serviteur de Dieu, qui la recut pour le monde entier 
et principalement pour les Hebreux, connus aujourd'hui sous le nom de Juifs ; ce peuple fut 
autrefois reduit en servitude par le roi d'Egypte, quoiqu'il fut de la race des saints patriarches 
Abraham, Isaac et Jacob. Mais Dieu se souvint de lui ; il lui suscita Moise, qui etonna 
l'Egypte de ses prodiges et delivra les Hebreux de leur dure captivite ; puis apres les avoir fait 
errer dans le desert, il les retablit dans la terre de Chanaan, appelee plus tard Judee ; ensuite il 
leur donna sa loi et ses preceptes. Tels sont les dix points principaux de cette loi admirable 
qui embrasse toute justice. 

X. Comme les Hebreux, originaires de la Chaldee, etaient alles en Egypte acheter du ble a 
cause de la famine qui regnait dans leur pays, et qu'ils etaient restes dans cette terre etrangere 
quatre cent trente ans, selon la prediction que le Seigneur leur avait faite, apres lesquels 
Moise devait les conduire dans le desert, Dieu leur fit cette recommandation particuliere dans 
la loi : "Vous n'affligerez point l'etranger ; car vous connaissez le sort de l'etranger, vous 
l'avez ete vous-memes dans la terre d'Egypte." 

XL Ce peuple ayant ensuite viole la loi qu'il avait recue, Dieu, plein de misericorde, ne voulut 
cependant pas le perdre, mais il lui suscita des prophetes parmi ses propres enfants, afin de 
l'instruire, de lui rappeler ses preceptes et de l'exhorter a la penitence ; il leur predit en meme 
temps que s'ils perseveraient dans leur mauvaise voie, ils seraient captifs dans tous les 
royaumes de la terre ; evenement qui s'est accompli, ainsi qu'il est facile de le voir. 
Voici comme le prophete Isaie les exhorte tous en general a la penitence, et le peuple en 
particulier : "Cherchez, dit-il, le Seigneur pendant que vous pouvez le trouver ; invoquez-le 
pendant qu'il est proche. Que l'impie abandonne sa voie ; et l'homme inique ses pensees ; 
qu'ils retournent au Seigneur, il aura pitie d'eux ; qu'ils reviennent, le Seigneur est riche en 
misericordes, il vous remettra tous vos peches." 

Le prophete Ezechiel dit aussi : "Si l'impie fait penitence de tous ses peches, s'il garde tous 
mes preceptes, et sil accomplit le jugement et la justice, il vivra et ne mourra point. Je ne me 
souviendrai plus de toutes ses anciennes iniquites, et il vivra des oeuvres de justice qu'il aura 
faites, parce que je ne veux point la mort de l'impie, dit le Seigneur, mais qu'il se convertisse, 
qu'il se retire de sa mauvaise voie et qu'il vive." 

Isaie ajoute : "Convertissez-vous au Seigneur, si vous voulez parvenir au salut, vous qui 
meditez d'iniques projets au fond de vos coeurs." 



"Tournez-vous vers le Seigneur votre Dieu, dit Jeremie, comme le vendangeur vers la vigne, 
et vous obtiendrez misericorde" 

Nos livres saints parlent de la penitence dans une infinite d'endroits, car le Seigneur a 
toujours voulu la conversion de l'homme. 

XII. Les prophetes et les evangelistes s'accordent parfaitement entre eux sur la justice 
ordonnee par la loi ; car ils ont tous ete inspires par le meme esprit, l'esprit divin. 
Voici ce que dit Isaie : "Faites disparaitre l'impiete de vos ames, apprenez a faire le 
bien, cherchez la justice, delivrez l'opprime, jugez l'orphelin et justifiez la veuve." 
Puis dans un autre endroit : "Rompez, dit-il, les liens de l'iniquite, portez les fardeaux 
de ceux qui sont accables, donnez des consolations aux affliges, brisez les fers des 
captifs, partagez votre pain avec celui qui a faim, et recevez sous votre toit ceux qui 
n'ont point d'asile ; lorsque vous voyez un homme nu, couvrez-le, et ne meprisez point 
la chair dont vous etes formes : alors votre lumiere brillera comme l'aurore, et je vous 
rendrai la sante, et votre justice marchera devant vous." 

Jeremie dit pareillement : "Allez sur les chemins, considerez et interrogez les anciens 

senders pour connaitre la bonne voie, et marchez-y ; et vous trouverez le 

rafraichissement de vos ames. Rendez la justice avec equite, car c'est la la volonte du 

Seigneur votre Dieu." 

Moise dit aussi : "Gardez la justice, et approchez-vous du Seigneur votre Dieu, qui a 

affermi, le ciel et pose les fondements de la terre." 

Ecoutez encore le prophete Joel : "Reunissez le peuple, dit-il, purifiez-le ; assemblez 

les vieillards, les enfants, ceux meme qui sont a la mamelle ; que l'epoux sorte de sa 

couche, et l'epouse de son lit nuptial. Priez avec ferveur le Seigneur votre Dieu, afin 

qu'il ait pitie de vous et qu'il efface vos peches." 

Le prophete Zacharie s'ecrie de son cote : "Voici ce que dit le Seigneur, le Dieu des 

armees : Jugez selon la justice, usez de clemence et de misericorde les uns envers les 

autres. Ne calomniez ni la veuve, ni l'orphelin, ni l'etranger, ni le pauvre ; que 

l'homme ne medite pas dans son coeur le mal contre son frere." 

XIII. A l'egard de la chastete, l'Ecriture nous apprend non seulement a ne point pecher 
par action, mais a eviter meme toute mauvaise pensee, de sorte que notre coeur reste 
toujours pur, et que nos yeux ne s'arretent point sur la femme d'autrui. 

Voici comment s'exprime Salomon, tout a la fois roi et prophete : "Que tes yeux, dit-il, 

voient le bien, et que tes paupieres ne consentent pas au mal ; prepare un sentier droit a tes 

pas." 

Puis se fait entendre la voix evangelique qui recommande si expressement cette vertu : 

"Quiconque aura regarde une femme pour la convoiter, a deja commis l'adultere dans son 

coeur. Quiconque renverra sa femme, si ce n'est pour cause d'adultere, la rendra adultere ; et 

celui qui epousera la femme renvoyee commet un adultere." 

Salomon dit encore : "Qui cachera du feu dans son sein sans voir ses vetements briiles ? Qui 

marchera sur des charbons ardents sans consumer ses pieds ? H en est ainsi de celui qui 

s'approche de la femme de son prochain ; celui qui la touchera ne restera pas impuni." 

XIV. Non-seulement les saints livres nous apprennent a aimer nos parents et nos amis, mais 
aussi nos ennemis, selon ces paroles d'Isaie : "Dites a ceux qui vous haissent et vous detestent 
: Vous etes nos freres ; afin que le nom du Seigneur soit glorifie, et que la joie soit dans leur 
coeur." 



L'Evangile dit encore : "Aimez vos ennemis, faites du bien a ceux qui vous hai'ssent, et priez 

pour ceux qui vous calomnient ; car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle recompense 

aurez-vous ? Les publicains ne le font-ils pas aussi ?" 

Ceux meme qui font le bien ne doivent point s'en glorifier, ni chercher a plaire aux hommes : 

"Que votre main gauche, dit le Sauveur, ne sache pas ce que fait votre main droite." La sainte 

Ecriture nous ordonne aussi d'etre soumis aux magistrats et aux princes, et de prier pour eux, 

afin que nous menions une vie paisible et tranquille." 

Enfin elle nous apprend a rendre a chacun ce qui lui appartient : "Rendez, dit saint Paul, 

l'honneur a qui vous devez l'honneur, la crainte a qui vous devez la crainte. Ne demeurez 

redevable de rien a personne, si ce n'est de l'amour qu'on se doit les uns aux autres." 

XV. Voyez done maintenant si des hommes instruits a cette ecole peuvent vivre au hasard, se 
plonger dans de honteuses debauches, et ce qui est le comble de l'impiete, se nourrir de chair 
humaine, surtout quand il leur est defendu d'assister aux jeux des gladiateurs, pour ne pas se 
rendre complices des meurtres qui s'y commettent ? Nous ne devons pas non plus nous 
trouver aux autres spectacles, dans la crainte de souiller nos yeux et nos oreilles, par tout ce 
qu'on y voit et tout ce qu'on y entend. Si vous parlez de repas abominables, la, en effet, les 
enfants de Thyeste et de Teree sont devores ; si vous parlez d'adultere, e'est la qu'on 
represente, sur la scene, non-seulement des hommes, mais meme des dieux souilles de ce 
crime ; et leurs debauches sont celebrees par des voix melodieuses et mercenaires. Loin de 
nous, loin de l'esprit des Chretiens de semblables horreurs ! La temperance habite parmi 
eux, ils honorent la continence, ils respectent le mariage, ils gardent la chastete ; l'injustice 
est proscrite, le peche detruit, la justice pratiquee, la loi accomplie ; on rend a Dieu le culte 
qui lui est du et on celebre ses louanges ; la verite domine, la grace conserve, la paix met en 
surete ; la parole sainte conduit, la sagesse enseigne, la veritable vie est connue, et Dieu 
regne. Je pourrais m'etendre encore davantage sur nos moeurs, sur les attributs du Dieu que 
nous adorons. Mais ce que j'en ai dit suffira pour vous inspirer la curiosite de connaitre et 
d'etudier a fond notre doctrine. Et vous le pouvez facilement ; soyez desireux d'apprendre, 
comme vous l'avez toujours ete jusqu'ici. 

XVI. Mais venons maintenant a la question des temps : je veux, Dieu m'aidant, l'examiner 
attentivement avec vous, afin que vous compreniez que notre doctrine n'est ni nouvelle, ni 
mensongere, mais qu'elle est bien plus ancienne et plus vraie que tout ce que nous ont 
transmis vos poetes et vos historiens. Rien de plus incertain que tout ce qu'ils ont dit. Les 
uns, en effet, ont pretendu que le monde etait incree et qu'il avait existe de tout temps ; 
d'autres conviennent qu'il a ete cree, mais ils lui donnent une existence de cent cinquante- 
trois mille soixante-quinze annees. Voila ce que nous dit l'Egyptien Apollonius : Platon lui- 
meme, qui parait avoir ete le plus sage des Grecs, dans combien de puerilites ne s'est-il pas 
egare ? Voici ce que nous lisons dans son livre intitule les Cites : "Comment, si le monde a 
toujours existe, ainsi qu'il est aujourd'hui, comment aurait-on decouvert ensuite des choses 
nouvelles, puisqu'elles furent inconnues pendant dix mille fois dix mille ans aux hommes, 
qui vivaient alors, et qu'elles n'ont ete decouvertes que depuis mille ou deux mille ans, par 
Dedale, Orphee et Palamede ?" Ainsi Platon reconnait bien que le monde a ete cree, mais il 
compte dix mille fois dix mille ans depuis le deluge jusqu'a Dedale. Plus loin encore, apres 
avoir traite fort au long des differentes cites, des habitations et des peuples qui couvrent la 
terre, il confesse ingenument qu'il n'a avance que des conjectures : "Si j'avais un Dieu pour 
hote, dit-il, et qu'il me promit ses lumieres ; et si nous examinions de nouveau de quelle 
maniere il convient de porter la loi, je ne sais pas si, changeant de langage, etc." Ainsi done, 
il n'a donne que des conjectures ; mais des conjectures ne sont pas des verites. 



XVII. II vaut mieux etre disciple de la sagesse divine, comme ce philosophe l'avoue lui- 
meme, puisqu'il dit que Dieu seul peut nous apprendre la verite. Mais quoi ! les poetes 
Homere, Hesiode et Orphee, n'ont-ils pas dit qu'ils avaient eu cet avantage ? II y a plus, les 
historiens racontent qu'ils furent contemporains des prophetes, des hommes inspires, et 
qu'ils ont transmis fidelement tout ce qu'ils en avaient appris. A combien plus forte raison 
sommes-nous done stirs de connaitre la verite, nous qui la tenons des saints, prophetes, 
remplis de l'esprit de Dieu ? Aussi regne-t-il entre eux l'accord le plus parfait ; ils ont 
annonce d'avance tous les evenements qui devaient arriver au monde entier. 
L'accomplissement de leurs premieres predictions peut convaincre tout homme avide de 
s'instruire et de connaitre la verite qu'elle se trouve dans tout ce qu'ils ont dit des temps 
anterieurs au deluge, et sur la suite des temps, depuis l'origine du monde jusqu'a nos jours : 
et des lors il est evident que les recits des autres ecrivains ne sont que d'ineptes impostures ; 
et un tissu de faussetes. 

XVIII. Platon ; en effet, comme nous l'avons deja dit, reconnait un deluge, mais un deluge 
partiel, qui ne couvrit que la plaine en sorte que ceux qui se refugierent sur les hautes 
montagnes ne perirent point. D'autres pretendent que Deucalion et Pyrrha existaient alors, et 
qu'ils furent sauves dans une arche ; que Deucalion, etant ensuite sorti de l'arche, jeta derriere 
lui des pierres qui se convertirent aussitot en hommes. C'est pourquoi, disent-ils, les hommes 
reunis ou les peuples ont ete appeles, "laoi". D'autres encore veulent que Clymene ait existe 
lors du second deluge. Vous voyez assez par tout ce que je viens de dire, combien sont 
miserables, impies, insenses tous ces philosophes, qui se sont consumes dans des veilles pour 
ecrire de semblables reveries. Mais notre prophete Moise, ce serviteur de Dieu, qui raconte 
l'origine du monde, nous a fait connaitre la maniere dont le deluge avait eu lieu sur la terre, et 
toutes les circonstances qui accompagnerent ce grand evenement. II n'imagine point d'y 
introduire Pyrrha ; Deucalion ou Clymene, et il ne dit point non plus que les plaines furent 
seules inondees et que les habitants des montagnes echapperent a la mort. 

XIX. Non seulement il dit qu'il n'y a eu qu'un deluge, mais il declare qu'il n'y en aura plus 
jamais ; comme, en effet, il n'y en a pas eu depuis, de merae il n'y en aura point dans la suite. 
II nous apprend encore que huit personnes seulement furent sauvees dans l'arche construite 
d'apres l'ordre de Dieu, non point par Deucalion, mais par Noe, dont le nom eu hebreu 
signifie repos. Nous avons demontre, dans un autre livre, que Noe annonca le deluge aux 
hommes de son temps, et qu'il les invita a se repentir, lorsqu'il leur dit : "Venez, Dieu vous 
appelle a la penitence" ; de la lui est venu le nom de Deucalion. Noe avait trois fils, comme 
nous l'avons deja dit dans le second livre, Sem, Cham et Japhet, qui avaient chacun leur 
femme, ce qui fait six ; en comprenant le pere et la mere, nous avons les huit personnes qui 
entrerent dans l'arche, et qui echapperent a la mort. Moise dit ensuite que le deluge dura 
quarante jours et quarante nuits, que les cataractes du ciel s'ouvrirent et que les sources de 
l'abime se deborderent, en sorte que l'eau s'elevait de quinze coudees au-dessus des plus 
hautes montagnes. Ainsi perit le genre humain, si Ton en excepte les huit personnes qui furent 
sauvees dans l'arche, dont on montre encore les restes sur les montagnes d'Arabie. Voila en 
abrege l'histoire du deluge. 

XX. Moise fut le chef des Juifs que le roi Pharaon, appele aussi Amasis, laissa sortir 
d'Egypte. II regna vingt-cinq ans et quatre mois, apres l'expulsion des Hebreux, selon les 
supputations de Manethos ; a celui-ci succeda Chebron, qui regna treize ans ; a celui-ci, 
Amenophis, qui regna vingt ans et sept mois ; a celui-ci, sa soeur, nommee Amessa, qui 
regna vingt-un ans et un mois ; apres elle, Mephres, pendant douze ans et neuf mois ; apres 
celui-ci, Methrammuthosis, pendant vingt ans et dix mois ; apres lui, Tythmoses, pendant 



neuf ans et huit mois ; a celui-ci succeda Damphenophis, qui regna trente ans et dix mois ; a 
celui-ci succeda Orus, qui regna trente-cinq ans et cinq mois ; a celui-ci succeda sa fille, qui 
regna dix ans et trois mois ; apres elle vint Mercheres, pendant douze ans et trois mois ; a 
celui-ci succeda son fils, nomme Armais, qui regna quatre ans et un mois ; a celui-ci, 
Messes, fils de Miamme, qui regna six ans et deux mois ; a celui-ci, Rhamesses, qui regna 
un an et quatre mois ; a celui-ci succeda Amenophis, qui regna dix-neuf ans et six mois. 
Apres lui regnerent, pendant dix ans, Thassus et Rhamesses, qui eurent, dit-on, de grandes 
armees de terre et de mer. Ainsi les Hebreux, se trouvant alors etrangers en Egypte, furent 
reduits en servitude par le roi Tethmos, comme nous l'avons deja dit, et ils lui eleverent les 
villes fortes de Peitho, de Rhamesen et d'On, qui est aujourd'hui Heliopolis ; en sorte que 
ces villes celebres sont posterieures aux Hebreux, nos ancetres, de qui nous avons recu les 
livres saints plus anciens que toutes les histoires. Le royaume d'Egypte tira son nom du roi 
Sethos, qui signifie, dit-on, la meme chose que le mot Egypte. Sethos eut un frere, nomme 
Armoen, et plus tard Danaus, qui vint a Argos, apres avoir quitte l'Egypte ; c'est un des plus 
anciens dont parlent les ecrivains profanes. 

XXI. Manethos, si favorable aux Egyptiens, et si ennemi de Moise et des Hebreux, objets 
de ses blasphemes, comme s'ils avaient ete chasses d'Egypte a cause de la lepre, n'a pu 
preciser exactement les epoques. Force neanmoins par la verite, il est convenu, malgre lui, 
qu'ils etaient pasteurs ; en effet, ceux de nos ancetres qui sejournerent en Egypte menerent 
la vie pastorale ; mais ils n'etaient point lepreux. Lorsqu'ils furent arrives dans la terre 
nommee Jerusalem, et qui devint ensuite leur sejour, on sait que leurs pretres, qui passaient 
leur vie dans le temple, par l'ordre de Dieu, traitaient tous les genres d'infirmites et 
guerissaient la lepre et les autres maladies. Ce fut Salomon, roi de Judee, qui batit le 
temple. II n'est pas douteux que Manethos se soit trompe sur les epoques ; il suffit de lire 
ses ecrits, pour s'en convaincre. II s'est meme trompe a l'egard du roi Pharaon, qui chassa 
les Hebreux ; il ne regna plus en Egypte, et fut enseveli dans la mer Rouge, avec son armee, 
en poursuivant les Israelites. II se trompe encore, lorsqu'il dit que ces pasteurs hebreux 
firent la guerre aux Egyptiens. Car, apres etre sortis d'Egypte, ils habiterent le pays que 
nous appelons encore aujourd'hui Judee, trois cent quatre-vingt-treize ans avant l'arrivee de 
Danaus a Argos. Or, nous savons que Danaus est regarde, par la plupart des auteurs, comme 
le plus ancien des Grecs. Ainsi Manethos a consigne malgre lui dans ses ouvrages deux 
verites : la premiere, c'est que les Hebreux etaient pasteurs ; et la seconde, c'est qu'ils sont 
sortis d'Egypte ; en sorte que, meme en adoptant la chronologie de ces temps-la, Moise et 
ceux qui le suivait se trouvent etre evidemment anterieurs a la guerre de Troie, de neuf 
cents ou meme de mille ans. 

XXII. A l'egard du temple bati dans la Judee par le roi Salomon, cinq cent soixante ans 
apres la sortie d'Egypte, les archives des Tyriens renferment des commentaires qui parlent 
de sa fondation, et qui la font remonter a cent quarante trois ans et huit mois avant celle de 
Carthage par les Tyriens. Ce fait a ete consigne sous le regne d'Hierome, roi des Tyriens, 
qui etait ami de Salomon, soit a cause de I'eminente sagesse de ce grand roi, soit a cause de 
l'intimite ou il avait ete avec son pere. Ces deux princes ne cessaient de s'adresser l'un a 
l'autre des questions a resoudre, comme l'attestent les copies de leurs lettres conservees, 
dit-on, chez les Tyriens, et les lettres meme qu'ils s'ecrivaient. C'est encore ce 
qu'atteste l'Ephesien Menandre, dans l'histoire des rois de Tyr ; voici ses paroles : 

"Apres la mort d'Abeimal, roi des Tyriens, Hierome, son fils, prit les renes de l'etat, 
et vecut cinquante-trois ans ; il eut pour successeur Bazore, qui vecut quarante-trois 
ans, et en regna dix-sept ; apres lui vint Methuastarte, qui vecut cinquante-quatre ans 
et en regna douze ; a celui-ci succeda son frere Atharyme, qui vecut cinquante-huit 



ans et en regna neuf ; il fut tue par son frere Helles, qui vecut cinquante ans et regna 
huit mois. Ce dernier fut tue par Juthobal, pretre d'Astarte, qui vecut quarante ans et 
en regna douze ; a celui-ci succeda son fils Bazor, qui vecut quarante-cinq ans et en 
regna sept ; a celui-ci succeda son fils Metis, qui vecut trente-deux ans et en regna 
vingt-neuf ; a celui-ci succeda Pygmalion, fils de Pygmalius, qui vecut cinquante-six 
ans et en regna sept. Mais a la septieme annee de son regne sa soeur, fuyant dans la 
Libye, fonda la ville de Carthage, qui conserve encore aujourd'hui son nom." 
Ainsi, le temps qui s'est ecoule depuis le regne d'Hierome renferme en tout cent 
cinquante cinq ans et huit mois. Or, ce fut vers la douzieme annee du regne d'Hierome 
que fut construit le temple de Jerusalem. Par consequent, le temps qui s'est ecoule 
depuis la construction du temple jusqu'a la fondation de Carthage renferme en tout 
cent quarante-trois ans et huit mois. 

XXIII. Nous nous contenterons, pour etablir l'antiquite de nos livres saints, des 
temoignages que nous venons de rapporter.de l'Egyptien Manethos, de l'Ephesien 
Menandre, et meme de Josephe, qui a ecrit la guerre des Juifs contre les Romains. II 
est clair, d'apres ces anciens auteurs, que tous les autres, qui sont venus apres eux, 
sont infiniment posterieurs a Moise et aux prophetes eux-memes ; car le dernier des 
prophetes fut Zacharie, qui vecut sous le regne de Darius. Or, tous les legislateurs ont 
donne leurs lois apres lui. En effet, lui opposera-t-on l'Athenien Solon ? Mais il vivait 
du temps de Cyrus et de Darius ; il fut le contemporain de Zacharie, et posterieur 
encore a ce prophete de plusieurs annees. Lui opposera-t-on Lycurgue, Dracon, ou 
Minos ? Mais ils sont evidemment moins anciens que nos saints livres, comme nous le 
rapporte Josephe, puisque les ecrits de Moise ont precede la guerre de Troie, et Jupiter 
roi de Crete. Cependant, afin de demontrer clairement l'ordre des temps et des annees, 
je ne me contenterai pas d'avoir enumere les faits posterieurs au deluge, je veux 
encore remonter a ceux qui l'ont precede depuis la creation du monde decrite par 
Moise sous l'inspiration divine. La seule grace que je demande a Dieu, c'est de bien 
exposer la verite, afin que vous, et tous ceux qui liront ce livre, vous ayez pour guide 
la verite meme et la grace divine. Je commencerai done par exposer les genealogies, 
en remontant au premier homme. 

XXIV. Adam engendra Seth a l'age de deux cent trente ans, Seth engendra Enos a 
l'age de deux cent cinq ans, Enos vecut cent quatre-vingt-dix ans, et engendra Cainan ; 
Cainan engendra Malaleel a l'age de cent soixante-dix ans, Malaleel engendra son fils 
Jared a l'age de cent soixante-cinq ans, Jared engendra Enoch a l'age de cent soixante- 
deux ans, Enoch engendra Mathusala a l'age de cent soixante-cinq ans, Mathusala 
engendra Lamech a l'age de cent soixante-sept ans, Lamech engendra Noe a l'age de 
cent quatre-vingt-huit ans, Noe engendra Sem a l'age de cinq cents ans ; sous Noe, 
alors age de six cents ans, arriva le deluge. 

Ainsi il s'est ecoule, depuis la creation de l'homme jusqu'au deluge, deux mille deux 
cent quarante-deux ans. 

Aussitot apres le deluge, Sem, age de cent ans, engendra Arphaxat ; Arphaxat 
engendra Sala a l'age de cent trente cinq ans, Sala, age de cent trente ans, engendra 
Heber, qui a donne le nom d'hebreux a toute la race ; Heber engendra Phaleg a l'age de 
cent trente-quatre ans, Phaleg engendra Rhagen a l'age de cent trente ans, Rhagen 
engendra Seruch a l'age de cent trente-deux ans, Seruch engendra Nachor a l'age de 
cent trente ans, Nachor engendra Tharra a l'age de soixante-quinze ans, Tharra 
engendra Abraham a l'age de soixante-dix ans, le patriarche Abraham engendra Isaac a 
l'age de cent ans. 



Ainsi, depuis la creation de l'homme jusqu'a Abraham, on compte trois mille deux cent 
soixante-dix-huit ans. 

Isaac engendra Jacob a l'age de soixante ans, Jacob etait age de cent trente ans lorsqu'il vint 
en Egypte. Les Hebreux y resterent quatre cent trente ans ; apres leur sortie de ce royaume, 
ils s'arreterent quarante ans dans le desert. 
Ainsi nous avons en tout trois mille neuf cent trente-huit ans. 

A cette epoque Moise etant mort, Jesus, fils de Nave, prit l'administration du peuple de 
Dieu, et le gouverna pendant vingt-sept ans ; a la mort de ce dernier, les Hebreux 
abandonnerent la loi de Dieu, et servirent pendant huit ans Chusarathon, roi de 
Mesopotamie ; ils firent penitence, et eurent ensuite des juges pour les conduire ; 
Gothonoel les jugea pendant quarante ans ; Eglon, pendant dix-huit ; Aoth, pendant huit ; 
puis ayant encore abandonne la loi de Dieu, ils furent asservis aux etrangers pendant vingt 
ans ; apres cela, Debbora les gouverna quarante ans ; ils servirent encore les Madianites 
sept ans ; puis Gedeon les gouverna quarante ans ; Abimelech, trois ans ; Thola, vingt-deux 
; et Jair, vingt-deux aussi ; ils servirent encore les Philistins et les Ammonites pendant dix- 
huit ans ; lorsqu'ils eurent recouvre leur liberte, Jephte administra le pays six ans ; Esbon, 
sept ans ; Ailon, dix ; Abdon, huit ; ils servirent encore les etrangers pendant quarante ans ; 
puis Samson les gouverna pendant vingt ans, sa judicature fut suivie d'une paix de quarante 
ans pour les Hebreux. Apres cela, Samira les gouverna un an ; Elie, vingt ans ; et Samuel, 
douze ans. 

XXV. Aux juges succederent les rois, dont le premier fut Saul, qui regna vingt ans ; David, 
notre pere, regna quarante ans. Ainsi, depuis Isaac jusqu'au regne de David, il s'est ecoule 
quatre cent quatre-vingt-quinze ans. David, comme nous l'avons dit, regna quarante ans ; 
Salomon, fondateur du temple, quarante ans ; Roboham, dix-sept ans ; Abias sept ans ; Asa, 
quaranteun ; Josaphat, vingt-cinq ; Joram, huit ; Ochozias, onze ; Gotholia, six ; Josias, 
quarante ; Amalias, trente-neuf ; Ozias, cinquante-deux ; Joatham, seize ; Achaze, dix-sept ; 
Ezechias, vingt-neuf ; Manasse, cinquante-cinq ; Amos, deux ; Josias, trente ;et un ; et 
Ochas, trois mois ; apres lui, Joachim regna onze ans ; un autre Joachim regna trois mois et 
douze jours, Sedecias enfin regna onze ans. A cette epoque, comme le peuple Juif 
perseverait toujours dans l'iniquite, et qu'il ne faisait point penitence, Nabuchodonosor, roi 
de Babylone, s'avanca contre la Judee, selon la prediction du prophete Jeremie ; il 
transporta le peuple a Babylone et reduisit en cendres le temple de Salomon. Les Juifs 
resterent a Babylone soixante-dix ans. 

Ainsi le temps qui s'est ecoule depuis la creation de l'homme jusqu'a la captivite de 
Babylone renferme en tout quatre mille neuf cent cinquante-quatre ans six mois et douze 
jours. Comme Dieu avait annonce a son peuple la captivite de Babylone par la bouche de 
Jeremie, il lui avait aussi annonce le retour de sa captivite apres soixante-dix annees ; apres 
ces soixante-dix ans, Cyrus monte sur le trone des Perses, et rend un edit signe l'annee 
precedente, par lequel tous les Juifs qui etaient dans son royaume pouvaient regagner leur 
patrie, et retablir le temple de Dieu qui avait ete detruit par son predecesseur ; ce prince, 
obeissant encore aux ordres de Dieu, commanda a ses gardes Sabessare et Mithridate de 
rapporter dans le temple les vases qui avaient ete enleves par Nabuchodonosor. C'est done 
la seconde annee du regne de Cyrus que furent accomplies les soixante-dix annees predites 
par Jeremie. 

XXVI. On peut voir par la que nos livres saints sont bien plus vrais et plus anciens que 
toutes les histoires des Egyptiens, des Grecs et des autres peuples ; car Herodote, 
Thucydide, Xenophon et la plupart des historiens, ne remontent pas plus haut que les regnes 
de Cyrus et de Darius, tant ils etaient incertains sur les premiers temps. D'ailleurs qu'ont-ils 



dit de remarquable sur Darius et Cyrus, qui regnerent chez les barbares ; sur Zopyre et 
Hippias, qui commanderent aux Grecs ; sur les guerres des Atheniens et des 
Lacedemoniens, sur les exploits de Xerxes et de Pausanias, qui mourut presque de faim 
dans un temple de Minerve ; enfin, sur Themistocle, sur la guerre du Peloponnese, sur 
Alcibiade et Thrasybule ? Mais je ne me suis point propose de faire une histoire complete, je 
veux seulement faire voir le nombre d'annees qui se sont ecoulees depuis la creation du monde, 
et convaincre ainsi d'imposture les recits insenses des ecrivains ; car le monde n'a pas vingt 
mille myriades d'annees, comme l'a dit Platon ; qui pretend que tout ce temps s'etait ecoule a 
l'epoque ou il vivait ; il n'a pas non plus quinze myriades trois cent soixante et quinze annees, 
comme fa declare l'Egyptien Apollonius ; il n'est point incree, ni le jouet du hasard, comme le 
veulent Pythagore et d'autres philosophies, mais il a ete cree et il est gouverne par la providence 
de Dieu, qui a fait toutes choses. II est meme facile de demontrer le nombre d'annees de son 
existence a ceux qui cherchent la verite ; et pour qu'on ne m'accuse pas de n'avoir pu suivre ma 
demonstration jusqu'au bout, et arriver au dela de Cyrus, je vais essayer, avec le secours de 
Dieu, de bien etablir l'ordre des temps et des annees qui se sont ecoulees apres ce prince. 

XXVII. Apres un regne de vingt-neuf ans, Cyrus fut tue par Tomyris, chez les Messagetes, vers 
la soixante-deuxieme olympiade : alors croissait sous la protection divine la puissance romaine 
; Rome avait ete fondee par Romulus, fils de Mars et d'llia, vers la septieme olympiade, le 
onzieme jour des calendes de mai, au temps ou l'annee n'avait que dix mois. Cyrus done etant 
mort, comme nous l'avons dit, au temps de la soixante-deuxieme olympiade, et deux cent vingt 
ans apres la fondation de Rome, on vit regner dans cette ville Tarquin le superbe, qui le premier 
chassa plusieurs citoyens, corrompit les jeunes gens, fit des habitants des spadassins, et maria 
de jeunes filles qu'il avait deshonorees ; e'est pourquoi il fut surnomme superbe, nom qui a la 
meme signification que le mot grec "uperephanos", arrogant ; il fut le premier qui ordonna aux 
citoyens de se saluer reciproquement. Ce prince regna vingt-cinq ans. Apres lui commencerent 
les consuls annuels, les tribuns et les ediles, pendant quatre cent cinquante-trois ans. H serait 
trop long et inutile meme de rappeler leurs noms ; celui qui desire les connaitre, les trouvera 
dans les commentaires de Chryseros, affranchi de M. Aurelius Verus, qui a transmis si 
clairement tous les noms et les temps, depuis la fondation de Rome jusqu'a la mort de 
l'empereur Verus, son maitre. Ainsi done les magistrats annuels gouvernerent les Romains 
pendant quatre cent cinquante-trois ans ; puis vinrent les empereurs, dont le premier fut C. 
Julius, qui gouverna trois ans quatre mois et six jours ; apres lui, Auguste regna cinquante- 
six ans quatre mois et un jour ; Tibere regna vingt-deux ans, Caius Caligula regna trois ans 
huit mois et sept jours, Claudius regna vingt-trois ans huit mois vingt-quatre jours ; Neron, 
treize ans six mois et vingt-huit jours ; Galba, deux ans sept mois et six jours ; Othon, trois 
mois et cinq jours ; Vitellius, six mois et vingt-deux jours ; Vespasien, neuf ans onze mois 
et vingt-deux jours ; Tite, deux ans et vingt-deux jours ; Domitien, quinze ans cinq mois et 
six jours ; Nerva, un an quatre mois et dix jours ; Trajan, dix-neuf ans six mois et seize 
jours ; Adrien, vingt ans dix mois et vingt-huit jours ; Antonin, vingt-deux ans sept mois et 
six jours ; Verus, dix-neuf ans et dix jours. Ainsi le temps du regne des Cesars jusqu'a la 
mort de l'empereur Verus, renferme deux cent trente-sept ans et cinq jours ; et Ton compte, 
depuis la mort de Cyrus et le regne de Tarquin le superbe, jusqu'a la mort de Verus, sept 
cent quarante-quatre ans. 

XXVIII. Voici maintenant en resume toute la serie des annees : 

- depuis la creation du monde jusqu'au deluge, il s'est ecoule deux mille deux cent quarante- 
deux ans ; 

- depuis le deluge jusqu'a la naissance d'Isaac fils d'Abraham, mille trente-six ans ; 



- depuis Isaac jusqu'au sejour des Hebreux dans le desert, sous la conduite de Moi'se, six 
cent soixante ans ; 

- depuis la mort de Moise et le commandement de Josue, fils de Nave, jusqu'a la mort du 
patriarche David, quatre cent quatre-vingtdix-huit ans ; 

- depuis la mort de David et le regne de Salomon jusqu'a la captivite de Babylone, cinq cent 
dix-huit ans six mois et dix jours ; 

- depuis le regne de Cyrus jusqu'a la mort de l'empereur Aurelius Verus, sept cent quarante- 
quatre ans. 

Ainsi il s'est ecoule jusque-la, depuis la creation au monde, cinq mille six cent quatre-vingt 
dix-huit ans quelques mais et quelques jours. 

XXIX. L'ensemble de toutes ces epoques et de tous ces faits prouve, d'une maniere 
incontestable, l'antiquite de nos saints livres et la divinite de notre doctrine. Cette doctrine, 
ainsi que nos institutions, bien loin d'etre nouvelles ou mensongeres, comme le pensent 
quelques-uns, sont les plus anciennes et les plus vraies. Thallus parle de Belus, roi des 
Assyriens et du titan Cronus ; il rapporte que Belus et les titans firent la guerre a Jupiter et 
aux autres dieux ligues ensemble. Alors, dit-on, Gyges fut vaincu par Tartesse, qui regna 
dans le pays appele aujourd'hui Attique, et autrefois Acte. Je ne chercherai point a vous 
expliquer l'etymologie des autres contrees et des autres villes, car vous etes fort verses dans 
toutes les connaissances historiques. II est done clair que Moise et la plupart des prophetes 
sont anterieurs a tous les ecrivains, et qu'ils ont precede Cronus, Belus et la guerre de Troie. 
Car, selon Thallus, Belus ne preceda la guerre de Troie que de trois cent vingt-deux ans ; 
tandis que Moise est anterieur a cette guerre de neuf cents ou meme de mille ans, comme 
nous l'avons deja demontre. On ne distingue guere ordinairement Cronus et Belus l'un de 
l'autre, parce qu'ils furent contemporains. Quelques-uns honorent Cronus, sous le nom de Bel 
ou de Bal, ce sont surtout les Orientaux ; ainsi ils ne savent pas encore faire cette distinction. 
Les Romains adorent Saturne, ne sachant pas eux-memes quel est le plus ancien de Cronus 
ou de Belus. A l'egard des olympiades, quelle que soit leur origine, elles commencerent a etre 
celebrees depuis Iphitus, ou, comme le veulent d'autres historiens, depuis Linus, surnomme 
Ilius. Nous avons demontre plus haut l'ordre des annees et des olympiades. Ainsi done se 
trouve etablie l'antiquite de nos saints livres, en meme temps que la serie des annees, depuis 
la creation du monde. Sans doute, nous ne pouvons dire exactement le nombre des annees, 
parce que l'Ecriture ne tient pas compte des jours et des mois ; mais quand nous nous serions 
trompes de cinquante, de cent, ou meme de deux cents ans, l'erreur ne serait pas de mille ans, 
et de dix mille ans, comme le supposent Platon, Apollonius et les autres. Nous sommes 
d'accord pour les temps avec Berose, philosophe chaldeen, qui transmit aux Grecs les lettres 
chaldaiques. Non-seulement il a parle du deluge et de plusieurs autres evenements 
conformement au recit de Moise, mais il s'accorde encore en partie avec les prophetes 
Jeremie et Daniel. II fait mention de ce qui arriva aux Juifs, sous le roi de Babylone, qu'il 
appelle Abobassare, et les Hebreux Nabuchodonosor ; il parle meme de la destruction du 
temple de Jerusalem par ce prince, et raconte que les fondements de ce temple furent jetes de 
nouveau la seconde annee du regne de Cyrus, mais qu'il ne fut acheve que la seconde annee 
du regne de Darius. 

XXX. Quant aux Grecs, leurs histoires ne renferment rien de veritable ; d'abord parce qu'ils 
ne connurent les lettres que fort tard ; ils en conviennent eux-memes, lorsqu'ils disent qu'elles 
furent decouvertes, les uns par les Chaldeens, les autres par les Egyptiens, et les autres par les 
Pheniciens ; d'ailleurs, au lieu de parler de Dieu, ils ne se sont occupes que de choses vaines 
et frivoles. Ainsi, par exemple, ils font mention d'Homere, d'Hesiode et des autres poetes ; 
mais ils laissent en oubli la gloire du Dieu unique et incorruptible : que dis-je, ils 



blasphement contre lui. lis ont persecute et ils persecutent aujourd'hui les hommes qui le 
confessent et l'adorent ; tandis qu'ils comblent d'honneurs et de recompenses ceux qui font 
servir leur talent et leur voix a outrager la Divinite ; ils font une guerre cruelle aux hommes 
qui ne s'occupent qu'a faire des progres dans la vertu et la saintete. Ils lapident les uns, 
massacrent les autres et leur font subir tous les genres de supplices. Sans doute, des hommes 
aussi injustes ont perdu la sagesse de Dieu, et n'ont pu trouver la verite. Pour vous, mon cher 
Autolyque, pesez murement ce que je vous ai ecrit, et vous y trouverez le symbole et le gage 
de la verite. 



Notes sur la traduction : 

Titre : Bareille nomme le correspondant de Theophile "Autolyque". L'usage actuel est de le 

nommer Autolycus. 

Livre II, 14 : Bareile avait traduit le mot "Guvaycoydc;" par "synagogues". Toutefois 

"synagogue" a pris un sens exclusivement juif. Aussi nous le rendons par "assemblies". 

Sender (SC 20) donne "communautes".. 

Livre II, 32 : Bareille avait : "Cependant des ecrivains, a qui ces faits sont inconnus, ne 

craignent point d'affirmer que le monde est spherique, et semblable a un cube." Par soucis de 

comprehension, nous avons ajoute "d'autres", ce qui donne " Cependant des ecrivains, a qui 

ces faits sont inconnus, ne craignent point d'affirmer que le monde est spherique, et 

(d'autres) semblable a un cube." Sender (SC 20) traduit : "H ignorent cela, les auteurs qui 

veulent que la terre soit dite spherique, ou soit comparee a un cube !" 

Livre III, 25 : l'edition de Bareille ne marquait pas le passage au chapitre 25. Nous avons 

supplee a cette ommission